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Liban - Le sport pour se ressourcer et s'évader

News - 06/06/2021

sos chrétiens d orient tripoli ardeh jeunes football 1Aux abords de Tripoli, se trouve une petite ville nommée Ardeh jalonnée de clochers. L’un d’eux nous est bien familier. C’est le clocher de l’église Sainte-Rita. En effet nous nous y rendons régulièrement, invités par le père Sayed Marroun qui en est le curé.

Aujourd’hui nous allons y retrouver le groupe des adolescents de la paroisse Saint-Simon-le-Stylite à Ardeh. La journée s’annonce sportive et ludique. 

Nous quittons les calmes ruelles de Mina et nous nous dirigeons, à bord de la voiture de Georges, vers l’est de Tripoli. Nous longeons le quartier populaire de Tehbene, où la pauvreté est si saillante. Le long de la route, de nombreux marchands de légumes installent des étalages de fortune.

La circulation est dense, heureusement Georges est un chauffeur expérimenté et excelle dans l’art de se faufiler entre les voitures.sos chrétiens d orient tripoli ardeh jeunes football 2

Tout juste à l’heure, nous arrivons à Ardeh et nous arrêtons aux pieds de l’église Sainte-Rita. C’est une imposante bâtisse de pierres blanches couverte d’un toit de tuiles rouges. Sur sa façade, trois fines arcades s’avancent légèrement. Pour accéder au parvis, il faut emprunter un monumental escalier en fer à cheval. En haut, à la porte de l’église, si vous vous retournez vous pouvez contempler un somptueux paysage de montagnes, le Mont-Liban, avec à ses pieds, la ville de Tripoli.

Une trentaine de jeunes est déjà là. Ils nous attendent dans la grande salle au rez-de-chaussée de l’église. Ce sont des garçons et des filles de 13 à 17 ans qui se réunissent toutes les semaines autour du père Sayed pour un temps de prière et d’échange.

Ce qui rassemble aussi ces jeunes, c’est leur intérêt commun pour le sport, et notamment le football. Or jusqu’à l’année dernière, la ville d’Ardeh ne disposait d’aucun terrain de sport. Les jeunes étaient donc réduits à jouer dans la rue, avec tous les dangers que cela comporte. Le Père Sayed a donc entrepris la construction d’un véritable terrain de foot. Le projet a vu son plein achèvement en 2020, notamment grâce à l’aide de SOS Chrétiens d’Orient.

sos chrétiens d orient tripoli ardeh jeunes football 3Grâce à ce terrain, et à l’initiative du père Sayed, les jeunes ont la possibilité de se retrouver. Cela est d’autant plus essentiel en cette fin d’année où les écoles ont été fermées en raison de la crise sanitaire qui a gravement atteint le Liban. Tous les cours ont été suivis en ligne depuis le mois de septembre. Les enfants et les adolescents sont donc privés depuis des mois de toute activité à l’extérieur. Difficile de construire des amitiés lorsque l’on ne se retrouve plus sur les bancs de la classe.

Nous entrainons donc les jeunes vers le terrain de foot flambant neuf, situé en contrebas de l’église Sainte-Rita.

4 équipes se forment : les Verts vont affronter les Winners, tandis que les Lyons se mesureront aux Loosers.

Et voici que s’engage un match endiablé. On court de tout côté, on encourage. Le ballon sillonne le terrain en tous sens et à toute vitesse, nos joueurs intrépides ne lui laissent aucun répit.

Soudain un cri de triomphe ! Un premier but est marqué par les Verts, mais il sera bientôt suivi d’un autre cette fois marqué par les Winners. La victoire se dispute longtemps entre ces deux valeureuses équipes. Les lauriers reviennent finalement aux Verts, à 4 contre 3.

Deux nouvelles équipes s’affrontent : les Lyons et les Loosers. Ces derniers remportent une victoire éclatante (le nombre de but n’est pas connu de nos services, les compteurs ont été dépassés face à l’affluence).

Malgré la chaleur écrasante du jour, les jeunes Libanais se donnent corps et âme dans le jeu. Rougissants et essoufflés, rien ne les fait céder, pas même les rayons brûlants du soleil de midi. Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient ne sont pas en reste, et l’un d’eux suscite l’admiration par son agilité.

En partageant notre intérêt commun pour le sport, un lien est créé entre eux et nous : pari tenu ! Le jeu a fait naître la complicité, le respect, l’admiration… Une étincelle nouvelle dans leur regard nous le fait comprendre. Il s’agit maintenant de l’entretenir et de la transformer en feu d’amitié…

Le repas nous en donne l’occasion : nous pouvons alors échanger sur nos vies si différentes et mieux nous connaitre. Nous les interrogeons sur leurs projets, leurs rêves, à l’aube de leur vie d’adulte.sos chrétiens d orient tripoli ardeh jeunes football 4

Bien souvent ceux-ci se résument à quitter le Liban, partir étudier en Europe ou au Canada comme l’a fait un grand frère, un cousin, un oncle… Pour ces jeunes, il n’y a pas d’avenir dans leur pays. En effet il est très difficile de trouver du travail, et quasi impossible d’être correctement rémunéré. On ne sait même pas si l’Etat fournira encore de l’électricité le mois prochain. Depuis le début de la crise économique et des manifestations d’octobre 2019, les Libanais survivent mais ne vivent plus vraiment.

Lucia me confie qu’elle souhaite un jour devenir médecin… mais pas question d’aller à l’université libanaise ! Je lui explique alors combien le système français est semé d’obstacles pour un futur médecin, la difficulté du concours de première année, le coût de la vie bien plus élevé... Il ne s’agit pas de la décourager, mais simplement de lui faire connaitre la réalité de la vie étudiante en France aujourd’hui et lui faire abandonner l’image idéalisée qu’elle s’en est faite, comme beaucoup de jeunes libanais de son âge. 

Nous proposons ensuite différents jeux au cours desquelles les équipes doivent s’affronter : chaise musicale, béret, balle au prisonnier. L’esprit de compétition anime toujours autant nos joueurs.

Mais bientôt sonne l’heure des récompenses. Nous leur distribuons des bonbons à profusion… ils l’ont bien mérité !

Nous terminons la journée par un temps spirituel. Un prêtre français, en visite dans notre antenne à ce moment-là, présente aux jeunes la mission d’SOS. A l’heure où le Liban se déchire sur les choix nécessaires à une sortie de cette crise économique et politique sans précédent, il leur rappelle l’importance de se soutenir dans notre foi entre chrétiens d’Orient et d’Occident.

Nous terminons en chantant, en chœur et pleins d’espérance, des Ave Maria aux pieds de la grande mosaïque de Sainte Rita qui se tient devant nous.

Le père Sayed nous propose de revenir pour un prochain match de foot mais aussi pour parler de notre foi, de la manière dont nous la vivons en France. Nous acceptons avec joie…

De belles heures nous attendent encore à Ardeh, d’autres pages devront être écrites pour en témoigner.

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