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Egypte - Miss Marlène, une vie consacrée à l’éducation des enfants des chiffonniers.

News - 11/05/2021

Au hasard des rues étroites du bidonville d’Ezbet el Nakhl (Caire), on peut, en tendant l’oreille, entendre des voix d’enfants récitant leurs leçons. Entre deux petits immeubles servant de centre de tri des déchets aux chiffonniers, un grand bâtiment en briques héberge une école, l’école de Miss Marlène.

Miss Marlène a 50 ans mais ne ressemble pas aux autres égyptiennes. Figure du bidonville, elle a décidé de dédier sa vie au service des enfants les plus pauvres en créant de toute pièce son école, qui permet aujourd’hui à des centaines d’enfants du quartier de recevoir une éducation.

Miss Marlène est née et a vécu à Ezbet El Nakhl. Sa famille, originaire de Haute-Egypte, s’est installée dans le quartier dans les années 70, peu avant sa naissance. A cette époque, les « zabbalines » (les chiffonniers), n'avaient pas encore été chassés de leur quartier historique, plus proche du centre-ville.

Avec un père sous-officier de l’armée égyptienne, sa famille n’était pas très riche mais elle ne manquait de rien. Son père enseigna la discipline et l’ordre à Marlène et ses 4 frères et sœurs, tandis que sa mère, femme au foyer, transmis l’amour et la compassion.

sos chretiens orient egypte chiffonniers du caire ramassent des dechetsEn 1975 elle vécut l’arrivée des chiffonniers dans le quartier et fut immédiatement sensible à leur misère. A l’époque, et encore parfois aujourd’hui, ces jeunes enfants n’avaient aucun certificat de naissance. Pour le gouvernement égyptien, ils n’existaient pas. Aucun d’entre eux ne fréquentaient l’école publique de la petite Marlène. Ils n’en avaient de toute façon pas le temps puisqu’ils étaient trop occupés à aider leurs familles dans la collecte et le tri des déchets.

C’est donc dans la rue que Miss Marlène fit la rencontre des petits zabbalines. Après l’école ou le travail, les enfants du quartier s'amusaient avec ce qu’ils trouvaient. Elle-même n’avait pas beaucoup de jouets. Leur activité préférée était de dessiner des scènes de la bible dans le sable avec un morceau de bois.

Entre les jeux et l’école, Marlène avait une passion : la réutilisation de matériaux pour en faire des objets et en particulier la confection de vêtements ou de sacs à partir de vieux bouts de tissu.

Elle se rappelle aussi des moments passés avec la petite fille de son âge qui accompagnait son papa chiffonnier venant récupérer les déchets deux fois par semaine à la maison. A 9 ans seulement elle s’appliquait à montrer à cette jeune amie comment lire les mots et tracer les lettres de l’alphabet. Pour Miss Marlène c’est à ce moment qu’est née sa passion pour l’enseignement. Mais les jeux et les rires avec ses amis de la rue prennent fin lorsque son père la contraint à se concentrer uniquement sur ses études.

Elle quittera donc Ezbet pour rejoindre le quartier de Zeitoun où elle suivra des études de secrétariat et où elle fera la rencontre de son mari.

sos chretiens orient egypte eglise bidonville ezbet el nakhlCe n’est qu’en 1994, alors qu’elle est encore étudiante, qu’elle revient par hasard à Ezbet pour suivre une messe dans la paroisse de son enfance. A la sortie de l’église son regard croise une affiche publiée par des sœurs de la congrégation des Filles de Marie, à laquelle Soeur Emmanuelle avait confié la tâche de faire perdurer son œuvre à Ezbet. Elles recherchent activement des volontaires pour aider les chiffonniers. Lui reviennent alors les souvenirs de son enfance, l’extrême pauvreté de ses camarades de jeu et le plaisir qu’elle avait pris à enseigner.

Des souvenirs qui la décident immédiatement à devenir volontaire. En raison de ses études, Miss Marlène est missionnée pour aider les chiffonniers à engager des démarches administratives et notamment pour obtenir des certificats de naissance pour les enfants. Une tâche très compliquée quand la quasi-totalité d’entre eux ne savent pas lire.

Dans un premier temps, elle organise des permanences dans un local prêté par les sœurs pour permettre aux chiffonniers, qui le souhaitent, de venir la voir. Mais presque aucun d’entre eux ne fait le déplacement. Tous sont bien trop occupés à accomplir leur difficile tâche. Elle comprend alors que c’est à elle d’aller les voir, de déambuler au milieu des rues pleines de déchets et de toquer aux portes de chaque cabanon. En parallèle, elle organise des petits spectacles de marionnettes dans la rue avec quelques amis.

sos chretiens orient egypte vue sur le bidonville ezbet el nakhlMiss Marlène se rappelle de la difficulté que représentait, à l’époque, la traversée du bidonville, contrainte à tâtonner le sol avec un bâton pour éviter les crevasses cachées par les déchets qui jonchaient les rues. Sa connaissance du bidonville et des familles qui le compose amène sa première grande réalisation : la création d’une cartographie des rues du bidonville avec le nom des familles habitants chaque immeuble.

En 2002 les sœurs de la congrégation lui proposent de venir faire des cours chaque vendredi au centre Salam. Cet immense bâtiment construit au cœur du bidonville sous l’impulsion de sœur Emmanuelle et de son acolyte, le docteur Adel, héberge une école, un hôpital et un centre d’accueil pour les handicapés.

A ses débuts les conditions d’enseignement sont très précaires : elle n’a ni tableau, ni cahiers et les élèves n’ont pas de tables pour écrire. Elle dessine donc l’alphabet et ses différents cours sur les portes des pièces et les enfants s’asseyent par terre. Rapidement, elle convainc les sœurs de l’importance de ses cours et obtient plus de moyens. Elle consacre, dès lors, tout son temps libre à l’étude des méthodes pédagogiques et apprend seule, chez elle, les méthodes de transmission des connaissances. Elle parvient également à trouver d’autres professeurs qui acceptent de venir bénévolement au centre, créant ainsi une véritable petite équipe au service des zabbalines.

En 2004 le centre Salam s'agrandit et des pièces se libèrent. Elle prend alors une décision importante en accord avec son mari et sa famille : elle se consacrera désormais uniquement à ses activités au service des enfants d’Ezbet tandis que son mari travaillera pour subvenir aux besoins du foyer. Elle parvient à ouvrir une école qui donnera des cours pendant 5 jours de la semaine à des dizaines d’enfants du quartier.

Ce n’est qu’en 2008 que l’emplacement actuel de l’école est trouvé. Le centre Salam possédait un vieux bâtiment construit pour les chiffonniers pour se laver et faire leurs besoins, rendu obsolète par l’arrivée progressive de l’eau courante. Le bâtiment est donc rénové et partiellement équipé pour accueillir les élèves de Miss Marlène grâce aux fonds de la congrégation.

sos chretiens orient egypte enfant chiffonnier du caire bidonville ezbet el nakhlAujourd’hui, l’école de Miss Marlène accueille près de 300 enfants de chiffonniers et 16 enseignants viennent y dispenser des cours. Grâce à la congrégation des filles de Marie et aux donateurs de SOS Chrétiens d’Orient, de nombreux projets voient le jour et améliorent le quotidien des enfants. L’école est égayée par de jolis murs peints et colorés représentant la vie du Christ. Le toit a été aménagé en cour de récréation : faux gazon au sol, dessins et chiffres colorées sur les murs, marelle au sol … La cantine et la salle de musique ont également été rénovées.

Mais l’aide ne s’arrête pas là. Tous les ans, 300 colis scolaires contenant livres et cahiers sont distribués aux enfants. Et chaque semaine, les volontaires viennent chanter et jouer avec les petits chiffonniers.

« La venue des volontaires permet aux enfants de se rendre compte qu’il y a autre chose que leur quartier, autre chose que l’arabe, que le monde est bien plus grand qu’ils ne peuvent se l’imaginer », explique Miss Marlène.

Ici ce n’est pas seulement de l’enseignement que l’on fait mais aussi de l’éducation : apprendre la politesse, frapper aux portes avant d’entrer, se présenter … Tout un savoir-vivre qui est inculqué à ces enfants des chiffonniers grâce à l’énergie de cette femme.

sos chretiens orient egypte cours de cuisine femme egyptienne bidonville ezbet el nakhlJamais en manque d’idées pour son quartier, Miss Marlène s’occupe aussi des mamans. Comment ? Via des cours de cuisine. Le but ? Montrer aux mères de famille comment cuisiner sainement pour leurs enfants. Poulet et poivrons grillés, gâteau au chocolat ... Ces recettes simples et économiques pourront être réalisées chez elles par la suite. Et les enfants de l’école sont ravis de tester les petits plats réalisés dans la cuisine de Miss Marlène.

Si la misère des gens, l’odeur permanente de poubelles et les monticules de déchets sur lesquels gisent parfois des cadavres d’animaux peuvent paraître insoutenable pour des occidentaux, la situation générale des chiffonniers s’est tout de même améliorée au fil des années.

Si les efforts d’organisations telles que SOS Chrétiens d’Orient, des paroisses et de leurs volontaires, nombreux et déterminés, ont eu un impact énorme à Ezbet, Miss Marlène reconnaît également l’action du gouvernement dans ces quartiers. « Des programmes ont été mis en place pour régulariser la situation des chiffonniers nés sans papiers et progressivement l’eau, l’électricité et les égouts ont été installés. »

sos chretiens orient egypte enfancts chiffonniers et volontaires avec miss marleneLorsqu’on interroge Miss Marlène sur son rapport à Dieu et si elle a eu l’impression d’avoir obtenu une aide Divine, elle répond qu’en se consacrant pleinement aux plus démunis, elle a obtenu bien plus du Tout-Puissant que n’importe quel riche propriétaire. « La réussite de l'école n’a été possible que parce que le Seigneur a daigné m'accorder de nombreuses grâces. » Les enfants auxquels elle propose une éducation sont parmi les plus difficiles, souvent complètement livrés à eux-mêmes dans la rue et pourtant, une fois les portes de l’école franchies, ils sont tous assidus, intéressés et parfaitement tranquilles.

Depuis plusieurs mois, l’Egypte est particulièrement touchée par l’épidémie de Covid-19 et le quartier d’Ezbet el Nakhl est parmi les zones qui comptent le plus de malades. La plupart des garderies et des écoles ont temporairement fermé leurs portes en raison d’enfants ou de parents malades. Chez Miss Marlène, aucun enfant n’a été contaminé et leurs rires et leurs chants résonnent chaque jour dans le petit immeuble.

Miss Marlène veut continuer à ouvrir l’esprit des enfants des chiffonniers d’Ezhbet sur le monde et aider les mères de familles. Pour cela, elle compte sur vous !  

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François, volontaire en Egypte.