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Carnet de bord en Arménie #2 – « Les millenials » combattent pour défendre l'Arménie !

News - 21/04/2021

L’Arménie a connu des pertes considérables. Les familles sont endeuillées, déchirées, seules et tristes. Des parents ont été séparés de leur enfants, de femmes de leurs maris, des enfants de leur père, et ce ne sera que dans la mort qu’ils seront réunis.

Certains ont perdu la vie, d’autres ont fui, mais tous portent une cicatrice qu’elle soit physique ou psychologique.

En mission, nous rencontrons ces héros de la guerre ou de la vie quotidienne. Ces familles qui ne lâchent rien tout en appréhendant le lendemain.

Chaque rencontre est un bouleversement et une prise de conscience de l’importance de la vie, de la famille et de l’engagement.

Ces jeunes qui, pour la plupart ont mon âge, entre 18 et 20 ans, ne sont pas envahis par la peur, mais par une volonté de servir. Que ferai-je à leur place ? Aurai-je leur courage ? A ces questions je ne peux répondre.

Régulièrement, beaucoup prennent le train direction le service militaire. Derrière les vitres du train : leur famille. Elles ne montrent rien, elles sont fortes, comme cette famille que j’ai rencontrée à Erevan et qui vit dans l'angoisse de perdre Hosvep*, leur jeune fils soldat. La voix enrouée, les yeux rouges et le cœur battant, ils se confient à moi. Malgré une espérance et une confiance en Dieu à déplacer des montagnes, ils n’en restent pas moins humains et la peur que les combats reprennent les ronge sans cesse. L'avenir est incertain et tous le savent.

sos chretiens orient armenie tombe soldats cimetiere erevanPour ses parents, « Hosvep n’est qu’un enfant. On ne peut pas lui ôter la vie, il a tant de choses à découvrir. » Pourtant, à l’automne 2020, les cimetières se remplissent de jours en jours des dépouilles de jeunes arméniens morts au combat. Chaque jour, de nouvelles tombes sont creusées pour les « millenials ». « 2002 – 2020 » Les épitaphes témoignent de vies courtes mais offertes pour un idéal plus grand : défendre sa patrie.

Quotidiennement, le même spectacle macabre se répète. Entre les gerbes de fleurs et les allées de terre, les familles visitent leur mort ; les parents disent un dernier « A Dieu » à leurs enfants disparus pour l'éternité. Les plus jeunes ne comprennent pas toujours, mais devant les larmes, les fleurs reposant sur les amas de terre meuble et l’absence qui pèse, ils finissent par saisir la gravité. Ils tendent alors leurs bras vers leur mère, le regard rempli d’amour.

La mère d’Hosvep vit dans la peur. Elle ne veut pas imaginer son fils enfermé entre quatre planches de bois pour son dernier voyage. Elle veut garder l’infime espoir de le serrer dans ses bras. Hosvep est absent, mais il est vivant ! L’espoir est toujours là, même si parfois, il est ébranlé par le témoignage effrayant des plus anciens, comme celui de cet ancien militaire, qui, après avoir vu ses amis mourir, restera handicapé à vie.

sos chretiens orient armenie ancien combattantSur la ligne de front, au milieu des bombardements et des obus, même blessé, il a continué à se battre et à aider son prochain, sans avoir peur de la mort. Mais il souffre, une souffrance constante, impossible à apaiser. Il est marqué à vie par la guerre, les atrocités qu’il a vues, ses amis morts devant lui. Toute sa vie, sa jambe détraquée lui rappellera que, pendant une longue période de sa vie, en un claquement de doigt, il pouvait disparaître sans plus aucun espoir de revoir sa famille et ses proches.

Toutes les familles arméniennes, dont un membre se bat sur le front, connaissent cette appréhension de la mort et cette angoisse de la séparation. C'est ce qui leur permet d'être forte ensemble et de se soutenir. Chaque parole échangée entre voisins, entre amis, entre patriotes donne du baume au cœur. Mais au plus profond d’eux, leur cœur se brise toujours un peu plus.

Les parents d'Hosvep ont cette chance d'être soutenu mais ils sont hantés par l'image de leur fils prenant le train, l'image de ce train qui disparaît au loin dans un bruit assourdissant, l'image de ces rails vides et du silence de mort qui suit des embrassades meurtries.

Aucune larme ne coule sur ses joues. Hosvep est plein de vie, un jeune homme fougueux, fier d'accomplir son devoir et sûr de lui. Et ce ne sont pas les témoignages de ses aînés qui le font faillir. Il fait face au danger et répond « oui » à son devoir.

Alors que sa sœur continue de nous parler de lui, je suis saisi par le regard vide, envahi par la tristesse de ses parents. Leur main tremblante serre de plus en plus fort la tasse de café qu’ils tiennent. Ils attendent que leur fille traduise ce qu’elle nous dit, puis, acquiescent et se regardent émus. Ils ne disent rien. Ils écoutent. Dans le silence et l’absence ils souffrent, mais ils sont forts, forts pour leurs enfants et eux-mêmes.

Nous avons tous la vie que nous avons, mais devant leur courage je ne peux que les admirer, et surtout, ne jamais oublier leurs paroles formatrices.

Au sortir de cette rencontre, le silence se fait entendre. Nous ne savons quoi dire. Ces vies hors du commun, au destin trop souvent tragique si ce n’est héroïque nous forme et nous aide à avancer. Nous devons parler d'eux et les aider d’où nous sommes. Devant leur détresse, nous avons un rôle un jouer, un espoir à faire renaître où à cultiver. Les Arméniens comptent sur nous.

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Joséphine, volontaire en Arménie.

* Le prénom a été modifié.