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Carnet de bord en Syrie #10 – Des Syriens apprennent encore le français en Syrie.

News - 05/02/2021

La guerre tue ou sépare ! Nous connaissons tous les conséquences directes de la guerre : mort, handicap, choc post-traumatique, deuil, famine. Civils et militaires sont souvent logés à la même enseigne. Et indirectement, la guerre cause d'autres effets insidieux que rien ne guérit !

Les familles qui s'en sortent indemnes connaissent souvent le départ précipité en exil de membres de leur famille. Rares sont les jours où les volontaires n'entendent pas parler d'émigration ou de Syriens partis refaire leur vie à l'étranger.

Et pour ces familles séparées, une vie bien singulière commence. Les chemins diffèrent, les histoires aussi. La langue reste la même mais les souvenirs ne sont plus partagés. Alors pour ces mères de familles qui savent leurs enfants à l'étranger, notamment en France, ou pour ces femmes syriennes avides de savoir, il est important de découvrir cette culture et d'apprendre la langue de Molière. Elles auront ainsi l'opportunité de se sentir proche de leurs exilés, malgré la distance.

A Alep, certaines d'entre elles suivent des cours hebdomadaires de français dispensés par des professeurs syriens suppléés par des volontaires.

« Il est 18h. L’alarme du téléphone retenti, c’est l’heure de quitter le bureau. Après une journée de travail qui alterne entre donations, cours de musique ou encore interview, c’est le moment d’assister au cours de français pour adultes. Une fois le sac déposé sur la table et les feuilles de cours préparées, nous sommes prêts.

sos chretiens orient syrie cours de français alepLa leçon de grammaire, de vocabulaire, ou de conversation commence. Régulièrement, nous sommes sollicités pour donner un exemple, parler d’une période historique ou de la civilisation française, d’un monument célèbre ... Ainsi, plusieurs fois, ais-je la chance de faire un exposé sur le Louvre, le château de Versailles, ou encore l’Arc de Triomphe. Je leur parle aussi de l’histoire de France, de l’époque mérovingienne, de la Renaissance de François Ier, pour finir par le romantisme de Chateaubriand. Sous leur regard pétillant, je me surpasse et travaille mon élocution pour bien me faire comprendre.

Je reste concentrée, prête à répondre à toutes sortes de questions. Très loin d’être calée dans le domaine de l’enseignement, je fais mes premières armes auprès des Syriens ! Encore quelque chose de différent, que je n’aurais sans doute jamais fait en France.

Le temps s’écoule peu à peu. Le professeur finit de distribuer les feuilles d’exercices, avant que les plus pressés franchissent le seuil de la porte.

Le cours est fini mais nos conversations se poursuivent. Ils ont tellement de choses à m’apprendre et à me raconter. Ils me donnent des conseils pour ma vie future en me parlant de leur vécu. De mon côté, je réponds à leurs questions sur la France, sur notre façon de vivre, sur nos coutumes, et tout ce qui, ici, leur paraîtrait impensable.

Cette différence de culture n’est en rien un frein, c’est une richesse. Nous avons tous quelque chose à apprendre à l’autre, à lui faire découvrir. Avec eux, je partage mes passions, je leur raconte les voyages que j’ai fait à travers l’Europe. Leur écoute me fascine. Ce sont des gens passionnés, qui en demande toujours plus. Bien que leur curiosité soit difficile à satisfaire, je m’efforce de leur trouver, pour les uns, les plus belles photos que j’ai de Paris, pour les autres les plus beaux poèmes français.

Ces cours de français sont une richesse, une occasion d’apprendre, mais aussi de consolider des liens très forts, des échanges incroyables.

Etre volontaire c’est apprendre à donner, à aller au-delà de ses limites. Je vois à travers ces cours leur volonté d’un nouveau départ, et de réussir à s’évader à travers l’enseignement. Ils sont un exemple de détermination, car face à la difficulté de la langue française, ils ne lâchent rien et essaient sans cesse de se perfectionner. Devant une telle énergie, je me motive davantage à étudier l’arabe.

Je suis ébahi devant la rapidité de leur progrès et leur envie de s’améliorer. Alors que la complexité de leur langue m’effraie, eux ne s’avouent jamais vaincu devant les multiples exceptions de la grammaire. Ils m’apprennent la patience face aux épreuves, et à prendre chaque difficulté comme un défi à surmonter, non comme une barrière infranchissable. »

La mission en Syrie recherche ses futurs volontaires aptes à transmettre l’amour de la langue de Molière à des Syriens motivés par son apprentissage. Si tu as à cœur de faire rayonner la francophonie, rejoins-nous en mission.

Joséphine, volontaire en Syrie.