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Arménie - La ferveur religieuse éprouvée par la guerre mais inébranlable.

News - 28/01/2021

Le 9 décembre 2020, lendemain du jour de fête de l’Immaculée Conception, nous décidons avec quelques volontaires de nous rendre à l’église Sainte-Anne, située à deux pas de l’Opéra, pour assister à la messe du jour.

Le chuchotement des nombreuses discussions résonne dans la haute coupole de l’édifice. M’avançant à l’intérieur de la nef, je distingue les pleurs, qu’une femme âgée assise seule sur un banc au fond de l’église essaie, tant bien que mal, de dissimuler à l’assemblée. Les mains rigoureusement jointes, la mine chagrine, elle rassemble le peu de force qui lui reste pour prier ; je prie pour elle et implore le Seigneur Notre Dieu d’alléger les souffrances qui, après cette guerre dévastatrice pour le pays, n’ont pas fini de crucifier ce peuple de martyrs des Temps Modernes.

Victor nous fait signe de monter les escaliers pour suivre la messe d’en haut, sur un petit promontoire, où un chœur formé de fidèles se prépare. La messe commence. Seule la voix grave du prêtre, un homme à la barbe bien fournie, retentit dans l’église. Il récite soigneusement chaque litanie, psalmodie chaque parole avec une telle application, de peur qu’un seul mot mal prononcé vexerait le Seigneur.

sos chretiens orient armenie messe erevan sainte anneBien que ces formules me soient totalement incompréhensibles, je ressens bizarrement une intense spiritualité m’envahir, comme si l’Esprit Saint trouvait enfin un écho au sein de mon âme. La beauté de cet instant m’émeut : un instant de communion intense non seulement avec le Très-Haut, mais aussi avec des personnes aux coutumes si différentes des miennes, que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, mais qui pourtant sont réunis pour prier avec moi. En cet instant, rien d’autre n’importe plus que ce moment de partage spirituel entre Dieu, ces fidèles et moi.

Malgré toutes les souffrances qu’ils éprouvent à la suite de la guerre terrible qui leur a arraché tant de proches, cette guerre qui a provoqué l’exil précipité de leurs frères d’Artsakh et qui explique leur situation si précaire, ils se rendent massivement dans leurs églises et leurs monastères suppliant le Seigneur d’accorder sa Grâce Divine à la Terre Sacrée de Noé, à cette Terre qui a vu naître leurs parents, grands-parents dont les troupes turquo-azerbaidjanaises saccagent les tombes. A l’heure actuelle, la prière reste leur seule refuge sûr et inébranlable.

J’éprouve une profonde admiration pour la ferveur des Arméniens ; en somme, ils n’ont pas besoin de voir pour croire. Avec les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient, nous nous joignons à leurs prières.

Je me sens privilégié de partager cet instant d’intense spiritualité avec ce peuple exemplaire, très loin de la frénésie d’une société occidentale, ravagée par l’appât du gain et la consommation excessive, qui a perdu ce lien si précieux avec Dieu.

Au moment de l’Eucharistie, une majorité de fidèles se recueille, prosternés dans l’allée centrale par faute de place. Ceux qui se décident à communier forment une longue file qui devient en quelques minutes un regroupement important au pied de l’autel. Je constate une fois de plus que le comportement des Arméniens renforce l’écart abyssal existant entre ce peuple premier christianisé sous l’impulsion de Saint Grégoire l’Illuminateur en 301 après Jésus-Christ et l’Occident, qui peu à peu s’éloigne de Dieu et se refuse à ses Vertus. Plus qu’une faim matérielle, ils se nourrissent surtout du Christ.

sos chretiens orient eglise sainte anne erevan armenieDésormais, je crois sincèrement que, même s’ils ne cultivent pas un goût prononcé pour la solennité des rites de l’Ordo Missae, les Arméniens figurent aujourd’hui parmi les chrétiens qui mettent le mieux en application les vérités révélées et enseignées par le Christ.

Durant cette mission, j’espérais apporter aux populations locales un certain réconfort et partager avec eux ma vision religieuse, tout en enrichissant mon expérience de vie à travers la leur. Finalement, je me suis rendu compte de la ferveur avec laquelle ce peuple pratique leur Foi et cette prise de conscience a plus que renforcé mes convictions personnelles et ma Foi en Dieu. Plutôt que de me réjouir d’avoir apporté certes une assistance matérielle et morale à ces populations en détresse, je bénis le Seigneur mon Dieu d’avoir mis sur ma route spirituelle un peuple aux valeurs si pures et à la Foi inflexible.

En Arménie, les besoins sont grands et les bras trop peu nombreux pour porter assistance à tous. Alors dès aujourd’hui, rejoignez l’équipe de volontaires.

Alexandre, volontaire en Arménie.