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Arménie - Les familles déplacées, entre exil forcé et conditions de vie précaires.

News - 16/12/2020

Novembre 2020, Arménie, région du Caucase : la situation est très délicate. L'Artsakh est au centre de différends territoriaux depuis l’éclatement de l’URSS, dans les années 80 et la délimitation arbitraire des frontières. La résurgence de ce conflit a entrainé une nouvelle escalade de violence entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan depuis le 27 septembre 2020. L’Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie, domine rapidement le conflit. Un cessez-le-feu est déclaré le 9 Novembre avec le concours de la Russie, suite à la défaite militaire de l’Arménie.

L’évacuation des territoires cédés à l’ennemi débute. Ayant gagné la dernière guerre, aucun Arménien ne s’attendait à ce dénouement et tout se fait à la hâte. Les jours sont comptés. Les persécutions arrivent. Nous sommes témoins de l’exode des familles dans la région de DadivankLa population arménienne, harassée par la guerre, par une économie qui périclite et par la perte de leurs territoires ancestraux, supplie l’aide internationale.

Grâce aux donateurs de SOS Chrétiens d’Orient, les volontaires apportent des colis alimentaires et d’hygiène aux familles déplacées à Yerevan, capitale de l’Arménie. Relogés en urgence par des associations, des proches et parfois même par des inconnus, ils vivent dans des conditions souvent précaires.

La première famille visitée vient de Stepanakert, capitale de l’Artsakh. Hébergés dans un logement social, les 5 personnes vivent ensemble dans une même pièce. Les hommes se sont tous battus contre les Azéris, pourtant 20 ans séparent les deux générations.

sos chretiens orient armenie volontaire rencontre une armenienne deplacee de artsakhDans la pièce voisine, nous rencontrons une mère de famille, veuve, physiquement et moralement éprouvée. Elle s’efforce de donner un rythme scolaire à ses enfants en leur faisant faire leurs devoirs. Dans quel but ? Elle l’ignore. L’atmosphère est glaçante. Le ressenti des volontaires de SOS Chrétiens d'Orient est commun ; nous autres, nés sous la belle étoile occidentale, ne pourrons jamais comprendre ce qu’elle traverse.

Relogée dans un appartement appartenant à des proches expatriés en Russie, la troisième famille s’estime chanceuse. Leurs inquiétudes se tournent vers l’état de santé du grand-père, amputé d’une jambe lors la guerre de 1988 et alité depuis plusieurs mois à cause d’une insuffisance rénale. La greffe est inenvisageable. Ici, faute de pouvoir payer, les gens sont condamnés. Il est pourtant la première personne, que nous rencontrons, à garder espoir. Il est certain que tout ira bien pour lui tant qu’il produira son eau de vie, liqueur de ses fruits cultivés chez lui à Martakert en Artsakh. Il en a d’ailleurs emporté tout un stock et nous fait cadeau d’une bouteille : « Vous êtes tranquille, avec ça, même le Covid reculera ». Sa femme nous expliquera plus tard que jamais ils ne pourront rentrer chez eux. Son vœu de retour semble bien vain.

La tournée des donations des volontaires se poursuit dans un logement insalubre où s’entassent 17 personnes. Le doyen nous présente sa fratrie avec une fierté non dissimulée. Être ensemble, c’est tout ce qui leur reste aujourd’hui.

La dernière famille a trouvé refuge à Goris, ville au sud de l'Arménie à 20 kilomètres de la ligne de front. Nous arrivons dans un logement de fortune où vivent une mère et ses trois filles. Le mari est retourné, malgré la présence ennemie, dans leur ancienne habitation afin d’en récupérer la toiture, fruit d’un lourd investissement. Elle prie pour son retour avant ce soir 18 h, heure de fermeture définitive des frontières.

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Dans ce monde, chaque homme, chaque femme sont appelés au courage et les enfants grandissent loin de l'innocence due à leur âge. La peur, la haine et la violence ont mis le feu à leur enfance et cette injustice éprouve particulièrement les volontaires. Magda, l’ainé ne pourra pas terminer ses études d’institutrice faute de moyen, anéantissant ainsi l’espoir d’accéder à une rémunération décente (environ 400€/mois). Anait, 12 ans, dort les yeux ouverts et se demande où sont ses amies maintenant. Enfin, au milieu de ce triste tableau se trouve Eva, rayon de soleil de toute la famille. La fillette d’un an arbore de larges sourires remplis d’innocence. A elle seule, elle concentre les dernières lueurs d’espoir et de bonheur de toute la maison.

Les personnes que nous rencontrons n’ont que très peu de visibilité sur l’avenir et sur la possibilité de retourner, un jour, à leur domicile. Certains souhaitent retourner coûte que coûte dans leur foyer d’origine, d’autres dessinent l’église de leur village, certains espèrent ne jamais la revoir. Leurs histoires sont toutes différentes et pourtant les déplacés partagent tous ce regard d’une tristesse profonde qui saisit nos âmes de Français privilégiés.

Les volontaires réalisent la détresse des familles arméniennes qui en dépit de leur sinistre situation, honorent leur réputation d’hospitalité et de bienveillance. Pourtant démunies, chacune des familles insiste pour nous inviter à manger. Tous nous apprennent quelques mots d’arménien et nous racontent leur histoire. Pas une conversation sans que l’horreur et l’injustice vécues ne soient exprimées. Nous sommes frappés par la dure réalité d’un conflit armé et des crimes de guerre. Au paroxysme de l’irrespect, les soldats azéris profanent les tombes des soldats arméniens morts au combat et partagent les images sur le net. Nous prenons conscience de notre devoir et il nous revient une phrase d’Albert Einstein « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».

L’amitié franco-arménienne n’est pas un mythe. Tout le monde ici parle quelques mots de Français, Charles Aznavour est dans tous les cœurs et une Tour Eiffel est même édifiée au centre de la ville de Goris. Les familles visitées sont unanimes : qu’importent les biens matériels, le plus beau des cadeaux est de nous avoir avec eux le temps d’un café. Ayant l’impression d’être oubliés, ils peuvent, à travers nous, transmettre un message : celui d’une souffrance sans répit pour un peuple chrétien persécuté depuis des décennies.

Notre mission auprès des Arméniens n’est possible que grâce à votre soutien inconditionnel. Grâce à vous, nous pouvons tous les jours visiter les familles et leur montrer notre soutien. Nous vous remercions pour votre générosité sans limite. Notre action quotidienne coûte 33€ à l’association. Pour Noël, parrainez le travail d’un volontaire.

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Célia, volontaire en Arménie.

« Au nom du Père et pour Noël,

Que la paix soit éternelle,

Qu’elle taise à jamais les rancœurs,

Qu’elle apaise au fond des cœurs

La vengeance et la cruauté

Jusqu’au bout de l’éternité. »