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Liban - Travailler la terre et vivre dans le silence au monastère de Mayfouk.

News - 27/11/2020

Vendredi soir, c’est l’effervescence à l’appartement de Beyrouth ! Chacun finit son sac et nous voilà partis pour le grand air au Monastère de Mayfouk.

L’arrivée se fait de nuit. Au tournant d’une route de montagne se révèlent à nos yeux les lueurs du monastère. Dans la pénombre, la beauté du sanctuaire ne se dévoile qu’à moitié et il faudra attendre le lendemain pour découvrir ce bijou et l’écrin qui l’en entoure.

sos chretiens orient liban monastere de mayfoukLes lueurs matinales caressent nos visages et nous réveillent en douceur. Nous nous approchons alors des fenêtres du grand dortoir aux allures des pensionnats d’antan et là, nos yeux ébahis découvrent un paysage à couper le souffle. Devant nous se dressent les flancs de deux montagnes, créant un entonnoir. Au centre, la mer bleutée, en harmonie avec les lueurs orangées matinales, se découvre sous une douce brume.

Nous descendons le large escalier de pierre pour la messe matinale, et nos yeux continuent de découvrir la beauté de ce lieu, cette fois sous la lumière du jour. Le cloitre, véritable épicentre du sanctuaire, en témoigne. Les arcades en pierres jaunes sont tapissées de fleurs et entourent une petite cour carrée au milieu de laquelle se dresse vers le ciel un majestueux cèdre du Liban. Nous voilà devant une grande porte en bois gravée. C’est la chapelle. Bâti en pierres brutes, l’endroit éclairé de bougies nous emplit d’un sentiment de plénitude. Face à nous, les moines en soutane noir et capuchon sur la tête, attendent de part et d’autre de l’autel, en prière et en silence.

Le père Youssef, abbé supérieur de ce monastère maronite, célèbre la messe. Une belle manière pour nous de commencer cette semaine de retraite spirituelle dans ce havre de paix. La vieille pierre rend écho aux chants qui rythment la célébration. Avec le sourire, le père abbé entonne un Notre Père en français et nos voix se joignent à l’ensemble.

Après l’office, nous partageons le repas avec les moines dans la salle à manger, une grande pièce en pierres. Au centre, une large table de bois, sur laquelle sont étalées des victuailles, nous attend. Les odeurs de thym des manouchés et du café libanais s’entremêlent et viennent caresser nos papilles. Le père Youssef bénit le repas et prend la parole...

Ils ne sont plus que sept moines contre soixante-dix il y a quelques années. Malheureusement, le temps a chamboulé les plans. Les vocations se font plus rares et une majorité de chrétiens libanais quitte le pays. Le père abbé, avec foi et persévérance, tient d’une main de fer le lieu saint. Il essaye, malgré leur petit nombre, de faire subsister ce sanctuaire maronite empli d’histoire et de splendeurs. Leur monastère abrite une école gratuite et il leur est parfois difficile d’exploiter toute leur terre en même temps que de transmettre leur savoir aux enfants.

sos chretiens orient liban volontaire au monastere de mayfoukLe sanctuaire s’étend sur les montagnes alentours et s’organise en plusieurs lieux. Jadis, les moines se répartissaient en grand nombre dans les différentes bâtisses. Aujourd’hui, cinq moines vivent à Mayfouk, situé dans un vallon, deux autres tiennent le monastère de Sainte-Challita, perché un peu plus haut dans la montagne. Et, au grand désespoir du père abbé, le monastère de Saint-Georges, lui, est inhabité.

Les terrains, champs et arbres qui autrefois donnaient à foison sont aujourd’hui laissés en friche, délaissés, abandonnés par manque de moyens. Notre venue permet de cultiver les oliveraies du monastère de Saint-Georges, à l’abandon depuis plusieurs années.

Que pouvons-nous trouver de plus ressourçant qu’un champ d’oliviers dont le nom est « Barnocho », « Fils de l’homme » ? Nous nous sentons en prière dans ce labeur, comme en diapason avec les textes saints, devant ce paysage biblique qui nous entoure à perte de vue… 

Notre semaine est rythmée par les cueillettes en tout genre pour soulager la charge de travail des moines, qui vivent de leur production.

sos chretiens orient liban les volontaires cueillent des olives au monastere de mayfoukLa cueillette d’olives demande toute une organisation et chacun y trouve sa place. Nous tendons de grandes bâches aux pieds des arbres, pour ne perdre aucun des précieux fruits. Puis, certains se nichent dans la cime des oliviers pour faire tomber les olives qui nous narguent dans les hauteurs tandis que d’autres recueillent celles qui sont à portée de mains. Les caisses s’emplissent petit à petit et avec délicatesse chacun de ces fruits sont détachés de leurs branches pour préserver les arbres. Obtenir la précieuse huile d’olive demande beaucoup de patience et de minutie. Il faut savoir qu’une bouteille d’huile d’olive compte entre 4 à 5kg d’olives. 

Le père supérieur a enfilé sa tenue de travail : une veste bien chaude et une casquette vissée sur la tête. Tel un moine agricole, il nous accompagne dans les différentes cueillettes et rythme nos journées en nous abreuvant de son savoir. Ainsi, lors de la cueillette du thym, nous apprenons qu’il est professeur de design liturgique à l’université ou encore qu’il dispose d’une formation d’archéologie. Nous sommes là, dans les grandes serres en toile blanche adjacentes au monastère, à l’écouter en remplissant de grands sacs de thym, qui servira pour la confection du Zaatar ou encore des manouchés, spécialité libanaise, mijotés dans les cuisines du monastère.

Le dimanche est l’occasion pour nous de monter à Notre-Dame d’Ilige pour la messe dominicale. Une vielle bâtisse en pierres abrite l’église, un ancien temple païen datant d’avant Jésus-Christ. Ce lieu rempli d’histoire est l’ancien siège et tombeau de nombreux patriarches maronites. Il est à ces chrétiens Libanais ce que sont Avignon ou le Vatican pour les catholiques.

sos chretiens orient syrie volontaires dans la crypte du sanctuaire de mayfoukAprès la célébration de la messe, précédée d’un rosaire, le Père Youssef nous fait découvrir l’histoire de ce lieu et notamment la grotte où s’étaient cachés certains patriarches lors d’invasions musulmanes. Une petite trappe, dans le mur de pierre noirci par le temps, nous permet d’y accéder en rampant et de s’imaginer ce qu’ont pu vivre, il y a des siècles, ces saints hommes au nom de leur Foi. La crypte sous l’église est le tombeau de certains d’entre eux. En approchant une torche, nous pouvons distinguer entre les pierres leurs vestiges.

Apaisés et les yeux pétillants, nous quittons ce sanctuaire pour rejoindre Beyrouth. Cette semaine fut un moment privilégié de transmission et de partage avec les moines maronites et le père abbé Youssef. Il nous tarde de pouvoir retourner voir ces moines et apprendre d’eux par le partage, la Foi et le travail.

Notre travail quotidien au monastère de Mayfouk coûte 33€ à l'association. Sans les donateurs de SOS Chrétiens d'Orient, les moines du monastère ne pourraient pas envisager sereinement ces récoltes d'olives et de thym. Grâce à vous aujourd'hui, ils sont assurés de vendre quelques bouteilles. Aidez-nous à poursuivre cette mission auprès du monastère de Mayfouk.

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Angélique, volontaire au Liban.