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Trésors d'Orient - Baalbeck : des pierres et des dieux.

News - 25/11/2020

Les grandes routes sont peu nombreuses au Liban. Le pays est petit. L’une d’elles travers la plaine de la Bekaa dans toute sa longueur. En venant de Beyrouth, lancé sur ce que les Libanais appellent « l’autostrade », vous admirez à gauche le Mont Liban, à droite, les chaînes montagneuses de l’Anti-Liban. Restez attentifs ! Les nids de poules sont légion, comme les travailleurs agricoles et les réfugiés syriens qui peuvent traverser cette voie rapide. Vous n’êtes pas non plus à l’abri d’un tracteur circulant à contre-sens.

Au rond-point de Douris, à une heure et demi de Beyrouth, vous pouvez prendre la route la direction de Baalbeck. Pour le moment, la ville est relativement récente. Des drapeaux, des portraits à la gloire du Hezbollah et de la République islamique d’Iran sont de part et d’autre de votre route. La région est à forte majorité chiite. Vous passez d’ailleurs devant une mosquée construite dans un style purement iranien, sur laquelle sont visibles des mosaïques représentant les ayatollahs Khomeini et Khamenei.

Continuez dans la ville et, en contre-bas, vous voyez l’ancien forum antique. Vous êtes à Rome ! Enfin à Baalbeck-Héliopolis, une ville de l’Empire romain. Descendez de votre véhicule, approchez-vous, passez le forum. Derrière lui, les hautes colonnes qui dépassent, largement visibles, sont celles du temple de Jupiter. Pour pénétrer l’enceinte de la partie sacrée de la ville antique, et approcher les temples, il vous faut payer une somme équivalente à dix euros. Les Libanais ont droit à un tarif préférentiel. Les antiquités, que veulent vous vendre de charmants marchands, qui proposent aussi des tours à dos de chameau (ou de dromadaire peut-être…) et des t-shirts jaunes représentant des kalashnikov vertes, ne semblent pas authentiques. Ne vous fiez pas aux traces de terre laissées sur ces petits objets.

Vous montez un haut escalier de pierre et pénétrez dans l’enceinte sacrée. Face à vous, tout d’abord, les bassins sacrificiels dont l’origine remonterait au temps des Phéniciens et les vestiges du temple de Vénus. Certaines colonnes viennent d’Egypte. Leur granite était échangé par les Romains contre des cèdres du Liban. Les pierres massives, véritables mégalithes sur lesquels s’élève cette acropole du Levant viennent de carrières situées à quelques kilomètres du site. Il est possible d’en visiter une et d’admirer les coulisses de ce chantier.

Les ouvrages visibles datent du Ier siècle de notre ère. Le temple de Jupiter est immense, certainement le temple romain le plus grand du monde. Un autre, attribué à Bacchus et le mieux conservé. A l’intérieur de ce dernier, levez les yeux. Vous observez une plaque de pierre, gravée, en souvenir d’une rencontre entre l’empereur allemand Guillaume II et le Sultan turc au début du XXème siècle. Baalbeck était alors sous contrôle de l’Empire ottoman.

Le musée, à la fin de votre visite, permet d’ailleurs de voir d’intéressantes photos d’époque (XXème siècle, pas de l’époque romaine, hélas). Même en période de visites, même quand le Liban reçoit beaucoup d’étrangers, les temples de Baalbeck ne sont jamais noirs de monde. Vous pouvez facilement profiter de ce lieu unique, digne des pyramides ou de Persepolis et trouver le calme, proche du temple de Jupiter, Vénus ou Bacchus, et songer aux bâtisseurs, aux soldats et aux religieux qui ont caressé le marbre ici. Des pierres, des dieux et vous.