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Carnet de bord en Syrie – Mes premiers pas, mes premières surprises.

News - 08/10/2020

Voilà. Je suis maintenant prête pour ce qui va devenir, la plus grande aventure, si ce n’est de ma vie, au moins du moment, car qui sait ce que la vie me réservera ?

Le baccalauréat en poche depuis quelques mois je décide de devenir volontaire avec SOS Chrétiens d’Orient.

Comme de nombreux jeunes l’ont fait avant moi, et pleins d’autres le feront après moi, je profite d’avoir 18 ans, et donc l’énergie pour apprendre de la vie, avant de commencer la mienne.

En tant que chrétienne, qui a la chance de vivre en France, dans un pays en paix, je veux aujourd’hui, transmettre ce que j’ai reçu. Alors, quoi de mieux que de partir quelques mois au Proche-Orient, auprès de mes frères dans la foi, pour les connaître, les rencontrer, les encourager, et apprendre tout d’eux ?


Après une escale de quelques jours au Liban, me voilà arrivée à ma destination finale : la Syrie. Je vais enfin pouvoir découvrir ce pays dans lequel je vais vivre pendant 4 mois.

Une longue journée en voiture, sous une chaleur écrasante me montre un tout autre visage de ce que je m’imaginais de ce pays. Nous avons tous plus ou moins l’habitude de partir dans un endroit inconnu la tête pleins d’idées préconçus, des croyances non fondées, et je n’y ai pas échappé.

sos chretiens orient syrie desert de homsEt pourtant, sur le chemin, je suis subjuguée par la beauté des paysages montagneux au milieu de cet immense désert qui s’étend à perte de vu. Une chaleur écrasante m’étouffe lorsque je descends de la voiture. Le soleil, haut dans le ciel, fait ressortir davantage cette aridité. De gros rochers, et quelques buissons ici et là viennent se marier parfaitement avec le paysage, dans une ambiance calme, et reposante, ce qui peut paraître contradictoire lorsque l’on connaît l’histoire de ce pays.

A Damas, l’horizon change radicalement. Je reconnais ici l’image que j’avais de la Syrie : des ruines, encore des ruines, toujours des ruines. De grands immeubles de pierres dont il ne reste rien. De la rue, je peux parfois facilement identifier des pièces des maisons grâce aux objets qui dépassent des débris.

Pour moi, la Syrie c’était ça : des vestiges, des bâtiments détruits par la guerre, des tonnes de pierres qui étaient, il y a quelques années, de belles maisons orientales aux couleurs du soleil, avec pour coquetterie des colonnes, des arcades, et une cour intérieure.

sos chretiens orient syrie ruines de homsC’est le même couplet en arrivant à Homs : des maisons détruites, et une pauvreté flagrante qui choque lorsque l’on se promène dans les rues. Pourtant, certains Syriens sont revenus de leur campagne. Sur les toits de quelques maisons reconstruites, les bidons rouges contenant de l’eau témoignent de la présence de vie alentours.

Ici, les ruines me donnent la plus belle leçon de ma vie. Alors que je marche entre les vestiges détruits et branlants, la syrienne qui m’accompagne m’indique du doigt un appartement délabré au troisième étage d’où l’on aperçoit des ustensiles de cuisine : « Tiens, tu as vu ? Au moins quand ils reviendront, ils auront leurs assiettes. »

Étonnée, je me contente de lui répondre par un sourire un peu gêné, ne sachant comment réagir. Mais elle me reprend de suite, m’expliquant qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer, maintenant que les tensions sont apaisées. C’est sur cette leçon d'optimisme, et cette force de caractère qui me laisse sans voix, que nous continuons à faire le tour de la ville.

Une autre fois, j’ai la chance d’être invitée à entrer dans la maison d’une famille dont je découvre l’intérieur délicat et fin : peu de décoration, deux grands canapés avec de petits fauteuils. Les fenêtres sont habillées de rideaux qui comportent souvent de la dentelle, ou tout du moins toujours d’un tissu léger, qui laisse passer les rayons du soleil ; un contraste impressionnant avec l’extérieur où les grosses pierres, qui gisent grossièrement sur le sol, rappellent la guerre. Un intérieur soigné, modeste et élégant, un extérieur ravagé : tel est le cadre de vie d’un grand nombre de Syriens depuis le début de la guerre.

Il y a 48h, dans mon esprit, la Syrie, c’était la destruction et la guerre. Mais en arrivant on m’a dit quelque chose de très juste : « La Syrie c’est d’abord les Syriens ». Et c’est vrai.

J’ai rarement été aussi bien accueilli tant par les Hommes que par la nature. J’ai rencontré l’équipe de volontaires et de salariés syriens à Tartous. Là où le soleil touche la mer pour terminer sa course vers la nuit, j’ai tout de suite vu des immenses sourires aux coins des lèvres, des regards pleins de gentillesse et de remerciements. Des visages joyeux et plein d’espoir que j’ai retrouvé au sommet de la montagne de Maaloula lors de la fête de l’Exaltation de la Croix.

Au moment du dîner, un Syrien me dit : « Tu es une héroïne ». Alors, j’ai repensé à toutes ces phrases que j’ai entendues au Liban : « vous êtes les anges du Liban » ou encore « vous êtes le soleil du Liban ». Et moi je suis là, une jeune fille de 18 ans, qui s’attendait à beaucoup de choses, mais pas à entendre de telles paroles. Je ne suis pas une héroïne, mais eux sont de véritables héros : Ils ont un espoir incomparable, une foi inébranlable, et un sourire inoubliable.

sos chretiens orient syrie famille de martyr de sadadLeur accueil est toujours très chaleureux ! Gratuit, sans contrepartie ! Ils proposent leurs spécialités locales le Maté, un thé que l’on boit ici en Syrie, mais qui vient en fait d’Argentine, ou le café turc, toujours servis avec une pâtisserie. Je les sens fiers, fiers de faire découvrir leur pays et leurs spécialités. Je ne pensais pas que mon opinion changerait aussi rapidement, ni que je serais autant touchée par ces habitants.

J’étais partie donner, et je sais par avance que je ne vais que recevoir. Je leur donne une présence, des biens matériaux, je leur montre que moi, française, je pense à eux, je viens les voir, mais eux me donnent bien plus : le courage, et l'espoir d’affronter les épreuves de la vie qui sont bien petites en comparaison.

Joséphine, volontaire en Syrie.

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