Revue de presse

Récit de la mission « Noël en Syrie »

Radio Courtoisie

09 février 2014

Libre journal présenté par Catherine Rouvier,

Récit de la mission « Noël en Syrie » sur Radio Courtoisie

Benjamin Blanchard et Charles de Meyer

 

C’est un périple que vous avez entrepris ?

 

Pour des raisons de sécurité nous n’avons pas fait de périple mais avons emprunté la route de Beyrouth à Damas, la seule sécurisée. Nous témoignons du ravissement des syriens à notre approche malgré les mises en garde de l’administration française qui nous déconseillait fortement la région.

Les soldats libanais sont étonnés par notre groupe armé d’appareils photos et de peluches.

Quant à nous, nous sommes surpris par le monde à la frontière syrienne : il y a bien du trafic routier à la frontière syrienne. Nous avons fait apporter par fret les 4 tonnes de dons. Un hôtel réservé par le gouvernement syrien, invités par ce gvt pour des raisons de sécurité, visite qui n’est pas passée inaperçue. La Syrie est un pays où les communautés s’entraident depuis longtemps, une solidarité historique entre communautés. Il y a une grosse solidarité familiale, les paroisses et les municipalités se sont mobilisées, la solidarité se développe, pas de mendiants dans la rue. Nous avons assisté à une distribution alimentaire.

Les couvertures ont toutes été données aux frères lazaristes qui ont une école, un centre d’handicapés et des réfugiés. Ils nous avaient demandé expressément ces couvertures avant notez venue. Les vêtements distribués aux réfugiés et aux sœurs franciscaines de Marie et à l’orphelinat fils et filles de Marie. Les jouets aux orphelinats, hôpital d’enfants. Notre mission se voulait un signe concret, réel entre deux peuples qui se respectent.

 

Vous distinguez donc à l’issue de votre voyage un islam quasiment officiel, plutôt modéré, des rebelles qui formeraient une minorité fondamentaliste ?

 

Analyser les rebelles est compliqué. Les principaux combats en Syrie se font entre rebelles, entre l’armée du levant et du front al-Nosra qui prêtent allégeance tous deux à Al-Qaïda. Dedans il faut ajouter les djihadistes étrangers (2000 allemands, 700 français) européens. S’il y a deux islams, nous on en a vu qu’un, à Damas la population musulmane est complétement mélangée aux autres communautés. Leur vision de l’islam est modérée, ce n’est pas le cas dans certaines campagnes apparemment, où le fondamentalisme progresse. Nous avons fait une journée de tourisme, il y a des touristes syriens qui continuent à affluer. Notamment l’église Saint Ananie où Saint Paul a été baptisé.

 

On nous dit qu’Assad fait une répression féroce, mais comment se fait-il que les groupes djihadistes viennent jusque dans Damas ?

 

Il y a une répression de la part du gouvernement Assad mais les combats sont ceux d’une guerre civile avec des récits de viol et d’exactions horribles. Il y a des quartiers de Damas particulièrement difficiles à atteindre pour l’armée. Il faut ajouter la trahison du Hamas hébergé par le gouvernement Assad depuis des décennies qui est passé dans le camp de la rébellion. Nous ne sommes allés que dans des quartiers pas en guerre, nous ne prétendons pas savoir ce que fait Assad ou non.

 

D’où vient l’argent pour armer ces rebelles ?

 

De l’Arabie Saoudite et son frère ennemi qatarien (ce-dernier étant moins engagé aujourd’hui). Les syriens ont l’impression qu’on a importé une guerre qui ne les concernait pas avec le wahhabisme qui leur est étranger, dans leur pays riche d’une civilisation ancestrale. Les syriens se sont dits très touchés par la veillée de prière pour la paix mondiale organisée par le pape François. On assiste à des traditions de coexistence de communautés battues en brèche par une importation de la guerre israélo palestinienne au niveau mondial (comme au Liban) avec des développements terroristes. La population a un magnifique espoir en l’avenir, ils craignent une libanisation de la société post-conflit : comme l’a montré la Liban après 1975, l’importation d’une guerre peut briser une société et empêcher le retour à une civilisation. Les gens parlaient assez facilement de la situation politique, principal trait caractéristique, les gens en ont marre, 3 ans, ils veulent que ça se termine et sont sûrs d’une chose, c’est qu’ils ne veulent pas que les islamistes gagnent. Ils souhaitent que l’armée arabe-syrienne gagne, en tout cas parmi les gens de Damas que nous avons rencontrés. En 2014, la population ne semble pas opposée à Bachar, et craint la victoire d’un islam guerrier et fondamentaliste.