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En Jordanie, pas besoin d'une application mobile pour construire sa ville.

News - 22/08/2019

120 kilomètres nous séparent de notre destination, à vol d’oiseau l’équivalent d’un Paris-Amiens. Comme tous les jeunes accros au smartphone, je pourrai ouvrir mon application « City Builder » pour construire ma ville de rêve. Oui ! Je pourrai le faire surtout qu’aujourd’hui, nous nous dirigeons vers Smakieh, le dernier village 100% chrétien de Jordanie, où SOS Chrétiens d’Orient a permis la construction et rénovation de trois bâtiments essentiels à son développement économique et spirituel. Le trajet en voiture prend une bonne heure et demie, cela me laisse le temps de penser et calculer chacune de mes actions de construction.

Où aurais-je placé ces bâtiments dans ce village oriental de 2.000 habitants, planté au milieu du désert ? L’un au centre et deux à la périphérie, sans doute, au bord de sentiers rocailleux, entre des maisons de pierres ocres aux toits en terrasse. Pourquoi aurais-je choisi de construire et développer ces bâtiments ? Pour dépenser des « coins » que j’accumule par milliers depuis un mois ? Pour éviter aux habitants de faire trop de kilomètres pour chercher de l’eau ou encore produire de la viande vendue sur un marché extérieur ? Je pense que la réponse s’impose d’elle-même : pour répondre à des besoins primaires.

sos chretiens orient jordanie smakieh volontaire projetCe choix, SOS Chrétiens d’Orient l’a fait en 2015. Si la comparaison avec l’application mobile s’arrête ici, le plan de développement est le même. Quatre années durant, plus de soixante-dix volontaires se sont relayés à Smakieh afin d’aider concrètement et d’améliorer la vie des familles jordaniennes. Deux ans après la finalisation des projets, Louis-Marie vous emmène aujourd’hui avec lui sur le théâtre des opérations. Que sont devenus ces projets ?

Le père Ayham, ravi de revoir de jeunes occidentaux, nous accueille chaleureusement dans son village natal. Un bref trajet en voiture nous mène devant un bâtiment au centre du village. Après un court instant, nos pupilles, habituées à la réverbération de la peinture blanche, distinguent une fine silhouette couronnée d’un dôme rouge sombre. En son sommet, une croix orientale dorée aux bords arrondis brille au soleil. Contrastant avec l’environnement poussiéreux qui l’entoure, se dresse la chapelle grecque-melkite catholique de Smakieh. Pas une tâche ne vient ternir le blanc immaculé de l’enceinte extérieure. Le père entre par une petite porte latérale de bois sombre et nous invite à le suivre d’un signe de la main.

sos chretiens orient jordanie smakieh volontaire égliseL’intérieur est aussi impressionnant que l’extérieur. Sol marbré luisant, murs couverts de fresques colorées représentant le chemin de croix et autres icônes, autel en pierre blanche gravée. Difficile d’imaginer que ce lieu fut autrefois en ruines. Pourtant, ô combien cet édifice est important pour les chrétiens d’Orient à la foi qui transporte les montagnes. L’église fait battre le œur du village au rythme des temps forts liturgiques et des activités organisées par la paroisse. Aujourd’hui, les chants de Noël résonnent entre ses murs le jour de la naissance du Seigneur et Son Nom est loué tous les dimanches.

A quelques dizaines de mètres, au bout du sentier principal de Smakieh, un bâtiment ocre nous fait face. Si les mauvaises herbes encadrent ses murs extérieurs, à l'intérieur un sol marbré rutilant fait résonner les pas de nos baskets usées. Les murs peints au thème du chandail de Charlie mais aux couleurs de l'eau soutiennent l'installation. Nous sommes dans la station d'eau potable, la seule à vingt kilomètres à la ronde. Elle ne paye pas de mine mais grâce à elle, les deux-cent familles de Smakieh ont vu leur quotidien s'améliorer du jour au lendemain. Terminées les longues heures sur la route pour récupérer de quoi boire. Quelques minutes suffisent.

La visite se poursuit dans un large champ d’oliviers non loin d’une des artères principales. Au milieu de ce dernier, on distingue vaguement une structure couleur anthracite. Le groupe en prend la direction, une odeur nauséabonde nous saisit. Alors que nous nous approchons, elle s’impose de plus en plus à notre odorat. Soudain s’offre à notre vue un assemblement de parpaings grisâtre, surmonté d’une tôle rouillée par les ans. L’odeur est insoutenable, mais dans un ultime effort, les volontaires examinent le contenu de ces quatre murs de béton. Dans la pénombre de l’abri, percée çà et là de rayons de lumière filtrant au travers des trous du toit ondulé, on aperçoit vaguement des silhouettes connues qu’on ne pensait pas retrouver ici. Des cochons !

Dans un pays très majoritairement musulman, l’élevage de ces bêtes est interdit, aussi est-il plus qu’étonnant de découvrir un groupe de cochons en ces terres. La puissante odeur dégagée par ces paisibles animaux nous oblige à nous éloigner pour observer le secret des chrétiens de Smakieh. Une demi-douzaine de cochons se presse dans cette étable de fortune. Ils y sont élevés clandestinement et sont revendus à une usine voisine, administrée par des coréens. Les revenus ainsi générés représentent un apport financier non négligeable pour les Jordaniens.

Mais les nombreux projets déjà réalisés ne permettent pas encore au village de vivre en autonomie au milieu du désert. SOS Chrétiens d’Orient étudie actuellement deux nouveaux projets : celui d’un système d’irrigation et d'entretien du cimetière local. Pour cela, nous avons besoin de votre aide ! Faites un don.