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Actualités des missions – septembre 2026

ARMÉNIE

À 95 ans, Sofik peut compter sur les volontaires pour passer l’hiver au chaud

Dans le village d’Akunk, les volontaires viennent en aide à Sofik, une grand-mère arménienne de 95 ans, en fendant et rangeant son bois de chauffage pour lui permettre d’affronter l’hiver.
 
« Mercredi 2 septembre. Nous sommes entre les rives du lac Sevan et les premiers contreforts du Caucase, à Akunk, un village en périphérie de Vardenis, à l’est de l’Arménie. De tous côtés de l’horizon, les montagnes surplombent la plaine. À seulement quelques kilomètres, on devine la frontière azérie.

Nous quittons la route principale. Le chemin devient sinueux, cabossé, creusé d’ornières que la voiture négocie tant bien que mal dans un nuage de poussière. Des chiens errants veillent sur le village, trottinant le long des murets de pierre avant de venir rôder autour de la voiture. Quelques poules picorent entre les cailloux, et plus loin, un vieil homme assis sur le pas de sa porte nous regarde passer sans un mot.

Le village lui-même est modeste : quelques dizaines de maisons basses en pierre grise, un puits collectif au centre d’une petite place où deux femmes discutent en remplissant leurs bidons. Ici, l’été touche à sa fin.

À l’arrivée, c’est Sofik, une femme de 95 ans, qui nous accueille par de grandes embrassades chaleureuses. Elle est comme rapetissée par l’âge, et je dois me baisser pour lui rendre son étreinte. Son visage est creusé et plissé, laissant apercevoir deux petits yeux vifs et étonnamment énergiques. Elle sent la cannelle et le café. Elle peine à se déplacer et s’appuie sur une canne, mais on sent chez elle une force tranquille, dans sa stature et sa façon de nous parler.

Sofik vit seule. Ses enfants et petits-enfants sont partis construire leur vie professionnelle à Erevan, à la recherche d’un avenir plus favorable que ne pouvait leur offrir le village. C’est pourquoi elle a besoin d’aide pour les travaux physiques d’entretien de sa maison, tâches qu’elle assumait seule il y a encore quelques années, et qu’elle doit aujourd’hui déléguer, non sans une pointe de fierté blessée.

Elle nous présente la mission du jour : un tas de bûches à fendre et à ranger à l’abri, pour lui permettre de se chauffer cet hiver. Le bois est empilé en vrac depuis plusieurs semaines, en attendant des bras assez nombreux pour s’en occuper.

Nous commençons notre besogne. L’air est lourd, le soleil tape fort. J’empoigne la hache et frappe un premier coup, puis un deuxième. Le bois se fend, laissant échapper une odeur familière de bois frais et de métal. La tâche est physique et fatigante ; nous nous relayons les uns après les autres, certains fendant les bûches, d’autres les rassemblant en tas, d’autres encore les transportant.

Sofik nous observe, assise sur une bûche qui surplombe la cour, en maîtresse de maison. De temps en temps, elle lance un mot en arménien que nous ne comprenons pas, mais son ton ne laisse aucun doute sur son sens : un encouragement, ou peut-être une remarque amusée sur notre technique approximative avec la hache.

Les bûches fendues sont ensuite transportées jusqu’à une grange, à l’abri de l’humidité. Le sol y est en terre battue, l’odeur du bois sec s’y mêle à celle du foin entreposé dans un coin. Chaque brassée déposée fait un peu grandir le tas contre le mur du fond.

Les heures passent. La pile de bois dans la cour diminue, celle de la grange grandit. Les allers-retours s’intensifient. On n’entend plus que le bruit régulier de la hache qui s’abat sur le bois, ponctué de temps à autre par un éclat de rire ou une réplique lancée d’un bout à l’autre de la cour.

Malgré sa canne et sa difficulté à se déplacer, Sofik sillonne son jardin et son potager à la recherche de petits concombres frais, qu’elle nous tend au cours de pauses bien méritées.

Elle nous regarde travailler, satisfaite, acquiesçant de temps à autre, sans vraiment sourire, mais on devine dans son regard une vraie reconnaissance.

Vers 17h, le tas de bûches dans la cour a disparu et la grange affiche un mur de bois bien rangé, suffisant pour tenir tout l’hiver. Les derniers outils sont rassemblés, les mains sont couvertes d’échardes et de poussière, mais personne ne songe à s’en plaindre. Sofik fait le tour de la grange une dernière fois, passe la main sur les bûches empilées comme pour en vérifier la solidité, puis se retourne vers nous avec un hochement de tête satisfait.

Avant de repartir, nous échangeons une dernière fois avec elle. Les mots nous manquent pour nous comprendre, mais pas les gestes. Sofik nous serre tour à tour dans ses bras, avec les mêmes embrassades chaleureuses qu’à notre arrivée. Nous lui adressons un dernier signe de la main avant de rejoindre la voiture.

Le soleil commence à décliner sur les montagnes lorsque nous reprenons la route. Sofik reste sur le pas de sa porte, appuyée sur sa canne, et nous salue de la main jusqu’à ce que la voiture disparaisse au premier virage.

Ce jour-là, à Akunk, quelques stères de bois bien rangés dans une grange, c’est aussi la certitude que cette femme passera l’hiver un peu moins seule et un peu moins inquiète. »
IRAK

Reconstruire après le passage des Turcs

Antonin Dubois, chef de mission en Irak, et John Dakali, responsable des projets, visitent le chantier de construction d’un nouveau système d’approvisionnement en eau à Miska, petit village assyrien de la vallée de Barwari, niché dans les montagnes du Kurdistan irakien, à quelques kilomètres seulement de la frontière turque.


« Après près de deux heures de route depuis Duhok, sur des chemins sinueux ponctués de nombreux points de contrôle kurdes, nous croisons plusieurs convois militaires turcs ainsi que des soldats présents le long de la route. Si les affrontements qui ont directement touché Miska semblent désormais appartenir au passé, la région reste profondément marquée par les années de conflit entre la Turquie et le PKK, particulièrement entre 2019 et 2024.


Durant cette période, Miska en a directement payé le prix. Des combattants du PKK se sont installés illégalement dans des maisons appartenant aux familles chrétiennes du village, transformant leurs habitations en positions au cœur du conflit. L’armée turque est alors intervenue dans le village, sans toujours faire de distinction entre les positions du PKK et les maisons des habitants, qui avaient déjà fui. Selon les villageois, certaines maisons ont été incendiées par les soldats turcs afin de détruire le matériel abandonné par le PKK, tandis que d’autres ont été endommagées ou détruites par des chars. Des roquettes ont même atteint le hall de l’église.


Les combats sont passés, mais leurs conséquences demeurent. Aujourd’hui, 23 familles attendent toujours de pouvoir revenir à Miska. Une conséquence moins visible de la guerre les en empêche encore : l’absence d’eau. L’ancien réseau a été endommagé et ne peut plus être utilisé.


Nous retrouvons Youssef, qui vit désormais à Duhok mais revient régulièrement dans son village : « C’est mon village, je ne peux pas le laisser. Mais nous ne pouvons pas nous réinstaller sans eau. Pour venir ici, nous devons remplir nous-mêmes nos réservoirs plusieurs fois par semaine. Ce n’est pas viable. J’avais déjà quitté Bagdad en 2009 à cause d’Al-Qaïda. Je ne partirai pas une deuxième fois de ma terre. Quand ce n’est pas la guerre qui vous chasse, ce sont ses conséquences qui vous empêchent de revenir. »


Pour permettre ce retour, SOS Chrétiens d’Orient souhaite construire un nouveau système permettant de capter l’eau de sources situées en contrebas et de la faire remonter jusqu’à Miska grâce à des pompes et plusieurs réservoirs. Deux petits villages voisins pourront également bénéficier de cette installation. »

Syrie
SYRIE

Rénovation de la cour de l'église grecque catholique d'Alep

À Alep, SOS Chrétiens d’Orient a réhabilité la cour de l’église Saint-Georges, rattachée à l’archidiocèse grec-melkite catholique. Située rue Azizieh, cette cour est utilisée quotidiennement par les élèves de l’école, les jeunes de la paroisse, les scouts et les fraternités chrétiennes. Le projet concerne ainsi environ 5 000 bénéficiaires.
 
Les travaux ont permis de réhabiliter l’ensemble de la surface de la cour et d’aménager une partie de celle-ci en terrain de basket. L’ancien revêtement a été retiré avant la pose d’une nouvelle couche d’asphalte. Sur la zone sportive, plusieurs couches de revêtement et de protection acryliques ont ensuite été appliquées. Deux panneaux de basket ont également été installés.
 
L’objectif était d’offrir aux enfants et aux jeunes un espace adapté à la pratique sportive, avec un sol plus sûr permettant de limiter les risques de chute et de blessure. Le terrain accueille les élèves de l’école le matin, puis les paroissiens et les jeunes l’après-midi. Il doit également permettre l’organisation de rencontres de basket pour les fraternités chrétiennes et les groupes scouts.
LIBAN

Avant les premières pluies, volontaires et novices récoltent le sumac

Au monastère Saint-Nimatullah-Hardini où reposent Saint Nimatullah Hardini, le précepteur de saint Charbel et bienheureux Estephan, moine renommé pour ses guérisons miraculeuses, les volontaires accompagnent les novices dans la récolte du sumac, l’épice employée dans le fattouche, une salade traditionnelle libanaise.


« Le vent nous frappe le visage à mesure que nous dépassons la mer de nuages. Devant nous, perché sur une crête, le monastère apparaît enfin. Sur le parvis nous attendent les novices et leur supérieur, le père Abdallah. À leurs pieds sont déjà disposés des sacs et des gants : aujourd’hui, nous partons travailler dans les champs.


« Connaissez-vous le “semmen”? En français, je crois que vous appelez cela le sumac, nous demande le père après les poignées de main de bienvenue. Nous allons le cueillir et le faire sécher avant l’arrivée des premières pluies de septembre. »


Quelques minutes de marche suffisent pour atteindre le premier verger. Devant nous s’étend une immense vallée. De part et d’autre, les vignes côtoient les arbustes de sumac chargés de leurs grappes pourpres. Derrière nous se dresse un ancien hameau aujourd’hui abandonné. Autrefois habité par le patriarche maronite, il ne reste désormais autour de ses vieilles bâtisses que les vergers cultivés par les moines.


Nous avançons donc méthodiquement d’arbuste en arbuste. Peu à peu, les branches se délestent de leur couleur pourpre tandis que nos sacs s’alourdissent.


Lorsque le premier champ est terminé, nous passons au suivant. Cette fois, le sumac ne pousse plus au milieu des vignes, mais entre les oliviers. Un sac se remplit, puis deux, trois et bientôt quatre. Entre deux récoltes, le père nous tend quelques raisins ou quelques figues cueillis directement dans les champs. Un encas improvisé avant de reprendre le travail.


Il ne nous reste bientôt plus qu’un seul verger, le plus proche du monastère. Ici, les arbustes sont plus âgés et plus imposants. Les branches croulent sous les grappes, mais les plus belles sont aussi les plus difficiles à atteindre. Il faut alors improviser : perchées sur les épaules d’Augustin ou de Solenne, Marguerite et moi tentons d’attraper les fruits les plus hauts. Là-haut, les grappes sont si abondantes qu’elles nous échappent parfois des mains.
Quelques minutes encore et la dernière parcelle est récoltée.


Juste à temps pour l’office de sexte. « Al majdou lil… », entonnent les novices. Semaine après semaine, les mélodies de l’office deviennent pour nous un rituel familier à chacune de nos visites. En quelques instants, les bruits des champs disparaissent. Dans le silence du monastère ne résonnent bientôt plus que les voix des novices, leurs derniers répons et le son de la cloche.


Il est midi. Après la prière vient le repas, partagé avec les moines. Puis il est déjà temps de retourner travailler. Car récolter le sumac ne constitue que la première étape : il faut maintenant préparer les grappes pour qu’elles puissent sécher pendant les jours suivants.


Nous rapportons donc nos sacs jusqu’au monastère et vidons leur contenu sur de grandes tables recouvertes de draps. Avant le séchage, chaque grappe doit être débarrassée de ses feuilles afin de préserver au mieux les fruits.
Chacun prend une chaise et le travail commence.


Très vite, le parfum puissant et acidulé du sumac nous enveloppe. Les gestes deviennent presque mécaniques : une grappe, quelques feuilles retirées, puis une autre. D’un côté, les fruits s’accumulent ; de l’autre, les tas de feuilles grandissent.


L’après-midi s’étire ainsi, au rythme patient de l’effeuillage. Les conversations accompagnent le travail tandis que les tables se couvrent progressivement de cette récolte rouge sombre qui devra maintenant sécher.
Puis vient la dernière grappe.
Nous regardons les tables désormais entièrement recouvertes de sumac et les sacs vides posés à nos pieds. Quelques heures plus tôt, tout était encore sur les arbustes.


La récolte est terminée à temps, avant les premières pluies de septembre. Une journée entière passée aux côtés des moines, à participer très concrètement à ce travail qui rythme la fin de leur été. »