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Syrie - Pour Noël, replantez les oliviers des agriculteurs ruinés.

News - 02/12/2020

Il est 8h. Le froid de l’hiver commence à pointer le bout de son nez. Il est de plus en plus difficile de se lever. Mais je n’ai pas le choix, je dois me dépêcher, car une longue journée, ou plutôt deux m’attendent.

En septembre, une série de violents incendies avait ravagée les terres agricoles de onze villages à l’ouest de la Syrie. Ce jour-là, l’aridité, qui permettait de faire pousser pommes, vignes, ou olives, causa la perte des cultures. Civils, militaires et pompiers avaient vaillamment lutter contre le feu pendant près de trente heures, avant de parvenir à le maîtriser. Mais pour des centaines d’hectares, il était déjà trop tard. Il ne restait plus rien. Les agriculteurs étaient ruinés.

sos chretiens orient syrie equipe de volontaire avec les agriculteurs ain alakimDans l’un de ces villages en cendre, au cœur des montagnes, l’équipe de SOS Chrétiens d’Orient, était immédiatement venue à la rencontre des cultivateurs et après avoir saisi leur détresse face à cette nouvelle épreuve, avait décidé de lancer en urgence une opération de replantation des cultures perdues. Le projet : « Un olivier pour Noël » était né.


Le village d’Ain Alakim se situe à une heure de route de Homs. Le temps passe vite, surtout lorsque le paysage nous fait voyager dans nos plus beaux rêves. La montagne ! Je n’y étais jamais allée avant ma mission, sinon je n’aurais pas attendu si longtemps pour m’y rendre. Nous passons dans ses vallons, nous traversons ses petits villages perdus, nous nous confrontons sans cesse aux pierres jonchées ici et là sur notre petite route de campagne.

Une fois bien enfoncée dans ces hautes montagnes, je reconnais peu à peu le paysage à la fois triste et merveilleux que j’avais admiré il y a de cela quelques mois. La voiture s’arrête. Même pas le temps de souffler, qu’après avoir déposés rapidement nos affaires pour la nuit, nous repartons voir les quelques oliviers rescapés du terrible incendie et les terres brûlées. Quel contraste saisissant entre ces oliviers majestueux et ces troncs calcinés voués à un destin funeste.

sos chretiens orient syrie agriculteur ain alakimDans les yeux des agriculteurs, que je croise, je lis une profonde tristesse, un appel à l’aide gardé secrètement caché par peur ou honte.

Les agriculteurs, le maire, le curé, bien que pleins d’espoir et de volonté de renouveau, ont peur. Ils ont peur pour eux, pour leur jeunesse, peur de la fin de leur village. Ils ne parlent que d’eux et de leur départ qui risque de se précipiter.

Nous échangeons le cœur lourd ; nous parlons projets réalisables, nous voulons leur donner de l’espoir, si possible. Les visages s’illuminent, des sourires s’esquissent. Dans une ambiance plus sereine, et pleine d’espoir, nous les quittons.

sos chretiens orient syrie terres agricoles brulees ain alakimLe lendemain matin, à 9h, jeunes, comme moins jeunes sont sur le pied de guerre. Tous sont excités à l’idée de partager un petit-déjeuner au cœur des montagnes. Après quelques minutes de voiture, et une petite trotte sur les routes escarpées de montagnes, nous apercevons les agriculteurs au loin : les arbres brûlés tombent sous les coups de leurs tronçonneuses. Quelle tristesse. Ces arbres qu’ils connaissent depuis toujours, qui leur ont donné leur récolte, du travail, sont abattus sous leurs regards désespérés.

Plusieurs acceptent de nous raconter ce funeste jour où l’incendie a dévoré leurs récoltes. Impuissants, depuis leur champ, ils ont vu les lames de feu emporter leur moyen de subsistance : ces oliviers et pommiers plantés par leurs ancêtres. Le fruit du labeur de plusieurs générations a disparu en quelques heures dans une nuit que seule illuminait la mort. Le cauchemar a duré trente heures et ses répercussions dureront une dizaine d’années. La terre a son propre calendrier et rien ne saurait lui en imposer un autre.

Je me souviens, en septembre, lorsque pour la première fois je me suis rendue dans ce village, j'apercevais au loin les flammes voraces. Et aujourd’hui, en cette fin de mois de novembre, je suis de nouveau dans les champs calcinés, avec les agriculteurs qui tentent d’écrire une nouvelle page de l’histoire de ces cultures. Ils ont peur, mais leur volonté pousse à l’admiration et à l’espérance !

sos chretiens orient syrie volontaires replantent oliviers a ain alakimUne semaine après notre visite, nous sommes de retour à Ain Alakim pour replanter les premiers plants d’oliviers. Dès 11h du matin, les volontaires français et syriens se retroussent les manches pour aider les agriculteurs. Dans une ambiance joyeuse, bercés par les rires d’enfants et les chants des scouts, venus spécialement pour remercier SOS Chrétiens d’Orient, nous replantons 2.500 oliviers en une journée.

Je vois enfin un sourire sur le visage du curé, du maire et de tous les habitants, qui sont un exemple de foi et de courage. Tous ont une volonté incroyable, et pour rien au monde ils n'abandonneraient leur village. Même lorsqu’ils ont tout perdu, ils croient, et recommencent. Ces plantations, qui étaient leur vie, leur travail, et même l’héritage de leurs parents, ont brûlé en quelques heures et pourtant ils sont là, dans le froid, à travailler la terre pour qu’elles produisent du fruit en abondance.

Dans le cadre de l’opération « Un olivier pour Noël », 17.000 oliviers restent encore à planter. Avec 0,40€, vous offrez un olivier à un agriculteur. Avec 96€, vous replantez un hectare d’oliviers. Dès maintenant, soutenez les agriculteurs syriens qui ont tout perdu. Redonnez-leur espoir, redonnez-leur un moyen de subsistance.

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Joséphine, volontaire en Syrie.