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« Pauvre Liban » : un volontaire raconte une population qui souffre.

News - 19/11/2020

Le Liban ! Un si petit pays mis à genoux par des crises économiques, sociales et sanitaires. Dans ses rues, des Hommes abattus par le manque de moyens, par la faim, par le manque d’espoir dans le futur. Dans son cœur, un espoir : revivre. 

Tous les mois, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient visitent les familles les plus pauvres de Beyrouth. Tous les mois, ils rencontrent des Libanais effrayés par le futur et pourtant toujours aussi chaleureux. Tous les mois, ils espèrent voir moins de misère, mais tous les mois, la situation ne s'améliore pas et les besoins grandissent. 

sos chretiens orient liban volontaires avec les libanais a beyrouth« Pauvre Liban » voilà l’exclamation devenue si familière à notre oreille depuis que nous avons commencé notre mission de volontaires en ces temps si troublés. Pauvre, pauvre Liban en effet. Après une crise politique est venue un début de crise économique, puis la crise sanitaire n’a rien arrangé. Mais alors qu’au-dehors la rue manifeste et gronde son mécontentement, les Libanais gardaient encore confiance en l’avenir. Il ne manquait qu’une seule nouvelle catastrophe, ce 4 août 2020, pour définitivement sceller le sort du Liban. L’explosion du port de Beyrouth termine d'achever un peuple à genoux. 

Immédiatement, nous adaptons notre mission à cette nouvelle donne. Aux activités classiques du pôle « Visite aux familles », vient se greffer l’aide d’urgence. Acheter des colis alimentaires de première nécessité devient la triste norme pour permettre à des centaines de familles de subsister et d’espérer

sos chretiens orient liban volontaires dans les rues de beyrouthCe jour-là, nous visitons les familles de Beyrouth pour évaluer leurs besoins. Nos yeux éberlués voient les ruines qui parsèment la ville. Quelle vision d’enfer ! Nos regards ont du mal à se fixer sur un point précis car une vision chasse l’autre. Des façades de diverses époques en miettes. Ici un immeuble moderne où ne subsiste que son armature métallique et là une maison art déco où l’on devine les restes des différents étages percés ça-et-là par des morceaux de béton. Sur les trottoirs, des mères, tenant délicatement leur enfant dans les bras, quémandent de quoi subsister. Leurs yeux nous supplient de les aider. Il y a tant à faire ! 

A hauteur du quartier de l’ambassade de Turquie, nous stoppons le cours de nos pensées ! Nous arrivons à un point de contrôle. Le chauffeur s’arrête, nos regards s’attachent sur le soldat au fusil mitrailleur à l’épaule. Une appréhension nous saisit. Notre traducteur explique en arabe notre mission et le soldat, après avoir observé chacun d’entre nous, fait un signe. Notre voiture repart vers notre destination.  Rien de bien original ici, les contrôles sont fréquents. 

Lisa nous reçoit chez elle, dans un appartement ayant connu des jours meilleurs. Les larmes aux yeux, elle nous explique avoir toujours vécu sereinement dans ce quartier. Mais aujourd’hui, elle a peur ! 

Peur ? Mais de quoi donc ? Peur que l’explosion ne soit qu’une prémisse à quelque chose de pire. Mais elle essaye de vivre quand même car elle n’a pas le choix. Elle aimerait bien partir mais elle s’est résignée à demeurer dans cette ville qui l’a vu naître.  

sos chretiens orient liban volontaires visitent les familles pauvres de beyrouthAlors nous lui demandons comment nous pouvons l’aider. « Comme vous pouvez ? » En faisant le tour de son appartement, nous comprenons, à la vue de ses draps déchirés par les débris de verre, que nous l’aiderons au mieux en lui offrant du linge de maison et des produits d’hygiène

Parfois ces visites se font grâce à des traducteurs bénévoles qui nous accompagnent quand les familles ne parlent ni français ni anglais. Marie, qui cumule déjà deux emplois, est toujours fidèle au poste. Comment trouve-t-elle le temps ? « Il faut bien le faire, c’est ça être bénévole », nous répond-elle en souriant. C’est d’autant plus remarquable qu’elle a choisi de rester alors qu’elle pouvait partir comme tant d’autres jeunes libanais qui le souhaitent. C’est là aussi un autre drame du Liban : l’exode de ses jeunes. 

Entre deux visites, nous nous arrêtons à la pharmacie locale pour nous procurer des médicaments. La pénurie, due à l’impossibilité pour les pharmaciens de commander en grosse quantité et à l’augmentation des prix, nous oblige à faire le tour de plusieurs autres boutiques pour récupérer la totalité des produits qui nous ont été demandés.  

La literie et les médicaments sont des demandes récurrentes. Mais il y a tant d’autres besoins. Quelquefois, on nous demande de l’aide pour payer le loyer ou les frais de scolarité. Nous essayons d’y répondre du mieux que nous pouvons. Nous aimerions tant faire plus et pourtant, pour les Libanais que nous aidons, c’est déjà plus qu’ils n’en espéraient.


sos chretiens orient liban visite aux familles pauvres libanaisesJoséphine nous remercie mille fois à peine le pas de sa porte franchit. C’est la deuxième fois que nous nous voyons. Elle s’empresse de nous proposer le fameux café libanais. Ah ! Quelle merveille que ce café ! Les Libanais se refusent à l’appeler café turc du fait des quatre cents années d’occupation marquées au fer rouge dans la mémoire collective. C’est un rite en lui-même, immuable dans le temps. A la première gorgée, l’amertume réveille nos consciences pour nous préparer à la suite de l’entretien. 

Nous discutons de sa situation pour savoir si les choses se sont améliorées, d’un point de vue personnel mais aussi à l’échelle nationale. Grâce à ces échanges, nous apprenons à mieux saisir la situation, nous qui sommes des étrangers amenés à vivre leur quotidien seulement pour quelques mois. Comprendre le Liban, une vie n’y suffirait pas !

Joséphine vit, comme tant d’autres Libanais, avec un demi-salaire. Elle s’estime heureuse car d’autres sont au chômage depuis la crise économique. C’est malheureusement le cas de son mari. Mais l’inflation est telle que c’est de plus en plus difficile de survivre. « On essaye mais que pouvons-nous faire d’autre ? » cherchant un mot d’encouragement de notre part. Nous y répondons par un mot de soutien et une prière pour les Libanais. Un sourire illumine son visage. 

Elle est assise avec ses deux enfants, des jumeaux, qui nous regardent timidement. Nous leur offrons les livres scolaires et les fournitures dont ils ont tant besoin pour suivre les cours. Ces stylos, crayons, gommes, cahiers leur permettront de travailler le français, promettent-ils en nous tendant un dessin en guise de remerciement. Nous n’en demandions pas tant. Mais ce sont ces petites attentions qui nous soutiennent et nous confortent dans l’importance de notre mission. Nous nous quittons après plus d’une heure en promettant de repasser les voir. 

Car après les donations, nous essayons de continuer à suivre les familles que nous aidons, en les retrouvant autour d’un café pour discuter. Notre mission ne s’arrête pas à l’aide matérielle. Nous faisons notre possible pour maintenir, grâce à l’aide des volontaires passés et prochains, le lien entre les chrétiens d’Orient et d’Occident.

Chaque mois, les volontaires au Liban visitent une dizaine de familles pauvres. En moyenne, la mission dépense 250€ pour venir en aide aux plus démunis. Soutenez nos prochaines missions.

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Théophane, volontaire au Liban.