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Carnet de bord en Syrie #6 – A Alep, un travail de fourmis pour reconstruire ce qui n’est plus.

News - 18/11/2020

Alors que certains quartiers d’Alep ont été épargnés par les bombardements, d’autres ont été violemment frappés : 1/3 de la ville est aujourd’hui en ruines. Dans ces quartiers, il ne reste plus rien que des murs effondrés sur le sol, des amoncellements de pierres enchevêtrées dans des câbles électriques et des barres rouillées. Impossible parfois d’imaginer où se trouvaient les maisons, seules les chemins parsemés de débris et bordés de gravats indiquent partiellement la présence d’immeubles ou de maisons. Un musée de l’horreur à ciel ouvert, où chacun s’invente une histoire du lieu. Bombardements, assassinats, massacres, le morbide est sorti du rêve pour frapper la réalité. 

Dans ces quartiers dévastés, comme celui arménien de Midan, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient participent aux chantiers de reconstruction pour aider les familles à revenir chez elles. Un projet de longue haleine mené avec les ingénieurs et ouvriers syriens ; un travail titanesque dans un décor apocalyptique. 

« Au milieu des ruines : des fils électriques et des impacts de balles sur les murs. De la violence à l’état pure que l’on aimerait voir seulement dans les films et jeux-vidéos. 

Il y a à peine 15 minutes, je voyais de grandes maisons anciennes, des rues dégagées où l’on pouvait marcher sans encombre. Ici, c’est une autre réalité : celles de terroristes cherchant à tuer pour le plaisir et celles de familles sans défense cherchant à vivre en paix. Tout cela me rappelle ce à quoi j’ai été confronté à Homs : une grande misère dans un cercueil géant.  

sos chretiens orient syrie destruction alepOn a beau côtoyer quotidiennement la violence à travers ce que la nature présente de plus mauvais, on ne s’y habitue jamais. C’est toujours un choc de marcher là où des Syriens ont perdu la vie … pour rien ! Un carnage est un carnage et aucun mot ne pourrait parfaitement décrire ce que je vois. 

Je rentre par les grilles d’un immeuble et après avoir montée quelques étages, je pénètre dans un appartement saccagé. Comment savoir dans quelle pièce je me trouve précisément en l'absence totale de mur pour en délimiter l’accès ? Je parviens à deviner la salle de bain grâce aux restes du carrelage.  

Il ne reste plus rien, autant au niveau des murs, qu’au niveau du mobilier, car tout a été volé. Des pilleurs se sont emparés des lavabos, et tout ce qu’ils ont trouvés pour les revendre. Voilà le fruit de la guerre : chacun à sa manière tente de subvenir à ses besoins, au détriment d’autrui. La tristesse, la pauvreté, le désespoir provoquent cette violence extrême, ces vols. Je suis devant un spectacle d’horreur : des impacts de balles, des fenêtres détruites, où je vois la rue sans même me pencher. Pourtant, pas de verre, il a été projeté par le souffle des explosions.  

sos chretiens orient syrie alep ingenieurs prennent les mesures des maisons a reconstruireL’ingénieur de SOS Chrétiens d’Orient aidée par des volontaires prend les mesures de chaque mur, sous le regard attristé et désespéré des bénéficiaires. Ils nous suivent des yeux, nous présentent la maison, et me montrent les endroits à photographier. Je m’attaque alors aux détails, aux vues d’ensemble, aux travaux des volontaires, j’immortalise chacun de ces moments.  

Comme à Homs, salariés et volontaires s’organisent et mettent du cœur à l’ouvrage. Les habitants font le tour de leur maison, nous regardent avec des yeux pleins d’espoirs mais aussi un peu découragés. L’ingénieur prend les notes pendant que les volontaires, le mètre sous le bras, exécutent ses requêtes. De mon côté, je photographie les débris, les impacts de balles, les murs détruits, ainsi que tous les volontaires sur place. Le chef de mission s’entretient de temps à autre avec les bénéficiaires et l’ingénieur. Les travaux risquent de durer près de deux mois, il n’y a pas de temps à perdre, la famille a besoin de nous, de notre aide.  

Dans ce quartier, tous les immeubles me faisant face sont en ruines. Nous reconstruisons une maison, mais il y en a tant d’autres battues par les vents et le souvenir des bombardements. Je ne vois que les charpentes des fenêtres et puis … plus rien. Je ne sais même pas comment vous décrire l’absence de rien, car comment détruire le vide ? Comment décrire ce qui n’existe plus ?   

sos chretiens orient syrie alep visite d une maison detuite par les bombardementsCe que nous faisons est un petit grain de sable sur la plage ! Mais c’est en déplaçant ce grain de sable que tout commence.  Je me remets à l’ouvrage, en me disant que je participe à mon échelle, et ce n’est pas grand-chose, au avant/après de cette maison et à la renaissance de cette famille.  

Si Dieu le veut, les murs bientôt reconstruits se rempliront de souvenirs et de rires d’enfants. Je me sens utile, bien que mon rôle se limite à photographier l’espace et à demander des informations. Au fond de moi, j’ai la satisfaction d’avoir été une protagoniste d’un bonheur bientôt retrouvé. Chacun à sa façon, selon nos moyens et nos capacités, nous avons le pouvoir de redonner le sourire. 

De nombreux Syriens ont une maison à reconstruire. Chacune a son histoire, chacune a ses caractéristiques, mais le résultat sera le même : à l’abri de ses 4 murs, chacune accueillera une famille survivante qui pourra enfin revivre. 

Ici, le mot « mission d’urgence » prend tout son sens pour moi. Je vois le travail incroyable des ouvriers, des ingénieurs et des maçons. Ce que je fais est bien moindre, mais j’apprends. J’apprends la patience, j’apprends à savoir me contenter de ce que j’ai, j’apprends à remercier.  

Sans cesse je suis confrontée à la dure réalité de la vie, mais avec un peu d’espoir tout est possible et toutes ces familles me le montrent sans cesse. Je reçois des leçons de vie de tous, sans même qu’ils ne s’en rendent compte, et pour ça je ne les remercierai jamais assez.  

L’association s’est engagée à financer la reconstruction de cette maison à hauteur de 2500€. Une somme conséquente et pourtant si faible au regard de la joie qu’elle procurera une fois dépensée. A l’approche des fêtes, souvenez-vous qu’en Syrie, un peuple attend toujours pour REVIVRE. 

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Joséphine, volontaire en Syrie.