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Arménie - Les familles de l'Artsakh, premières victimes de la guerre.

News - 12/11/2020

Erevan, Arménie ; aujourd’hui, 8 novembre 2020, le jour se lève sur un pays en guerre, comme depuis plus d’un mois maintenant. En ouvrant la fenêtre, j’aperçois le Mont Ararat, encore embrumé, déjà enneigé par les premiers frimas de l’hiver. Il est à lui seul un résumé de la tragédie qui se joue ici : haut lieu de l’identité arménienne, il a été annexé il y a un siècle par les Turcs, et depuis, il domine la plaine d’Erevan et règne en maître… de l’autre côté de la frontière.

Aujourd’hui, c’est le début d’une nouvelle journée pour les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient. Nous allons tâcher d’aider, à notre niveau, et grâce aux dons de nos amis français, les Arméniens de l’Artsakh qui se sont réfugiés dans toute l’Arménie, fuyant la guerre qui les prive de leur maison. Les journées commencent tôt, car les besoins ne manquent pas. Je descends dans la rue et nous prenons la route, vers un village au Nord d’Erevan : nous allons évaluer la situation de trois familles dont on nous a signalé la détresse particulière.

Pendant le trajet, je ne peux m’empêcher de penser à ce qui s’est passé depuis quelques semaines.

Après des violents combats pour libérer l’Artsakh et protéger la population arménienne du massacre, l’Arménie était dans une paix relative depuis 30 ans. Mais le 27 septembre 2020, l’Azerbaïdjan est entré dans les zones tampons tenues par les forces armées de l’Artsakh, et n’a eu de cesse de couper le corridor de Lachin pour isoler le plateau de l’Artsakh.

Face à cette attaque d’ampleur, l’armée de l’Artsakh, soutenue par l’armée arménienne, se bat à un contre dix, dans un relief difficile de montagne. Leur mérite est d’autant plus grand que le déséquilibre technologique est écrasant : face à eux, des milliers de drones, parfois kamikazes, des chars modernes, des missiles sophistiqués, des avions de bombardement nombreux.

J’ai pu voir au cours d’une de mes visites dans un hôpital, combien les combats étaient rudes : des soldats harassés, meurtris dans leur chair, tenant sous le bras un balluchon de vêtements ensanglantés et laissant leurs plaies au thorax ou au dos à l’air libre, en attente d’être soignés.

Cette vision m’a émue ; d’autant plus que je mesure l’amour et l’attachement qu’ils ont pour la terre héritée de leurs ancêtres : les monastères et les cimetières sont plusieurs fois séculaires, et leurs pères les ont défendus pour ne pas qu’ils soient détruits, martelés, écrasés.

armenie famille endeuilleeA l’heure où j’écris ces lignes, l’issue du combat est incertaine, je ne sais pas qui obtiendra la victoire. Mais ce dont je suis sûr, c’est du courage de ce peuple arménien, sans cesse harcelé mais toujours debout pour défendre la patrie.

M’arrachant à mes pensées, les cris des enfants résonnent dans la ruelle où nous nous sommes arrêtés. Dans cette première famille, nous rencontrons le grand-père, qui s’est battu en 94, mais n’a pas pu s’engager cette année. Ses trois fils et un petit-fils sont partis au front ; seules restent leurs femmes et 13 enfants, qui ont fui Martouni, une bourgade de l’Artsakh, battue par le feu des canons ennemis. Réveillés en pleine nuit, ils n’ont eu que le temps de remplir à la va vite une valise avec le nécessaire, et de se serrer dans la Lada d’un voisin pour fuir dans l’arrière-pays.

sos chretiens orient armenie familles de artsakhLeur situation est tragique : ils ont été recueilli par une famille qui ne les connaissait même pas, et qui était déjà trop pauvre pour subvenir à ses propres besoins. Ils s’entassent donc à 17 dans 2 chambres et un salon. Une des mères de famille nous explique que ce grand-père si digne n’a en réalité pas pu se changer depuis plusieurs semaines, car il a pris des affaires pour ses enfants et non pour lui ; il tente de faire ses lessives comme il le peut en empruntant pour un temps des vêtements à son hôte.

Grâce à l’engouement et la générosité des Français, nous allons pouvoir les aider à payer les factures d’eau, d’électricité, et nous reviendrons dans une semaine leur apporter la nourriture et surtout les vêtements dont ils ont besoin.

La matinée se poursuit au même rythme effréné, bien que les cafés qu’on nous offre nous permettent de discuter un temps avec ces habitants si généreux, qui n’ont rien mais donnent tout.  Sur le chemin du retour, je me dis que nous sommes bien petits face à toute cette tâche ; mais je suis néanmoins heureux du travail accompli.

Demain, nous partirons à Goris, dans le Sud de l’Arménie. Là, de nombreuses familles jetées sur les routes trouvent un premier refuge, en attendant de partir plus loin en Arménie. Nous irons dans les fermes environnantes apporter aux habitants qui ne peuvent pas se déplacer un peu de réconfort, la joie de notre jeunesse et des colis alimentaires qui les aideront à tenir en attendant la paix. Gayané, une volontaire franco-arménienne qui nous a rejoint, nous traduit leurs remerciements, que nous devinions à leurs yeux lumineux.

sos chretiens orient armenie equipe de volontaires mission urgenceÀ la vue des besoins, l’équipe sur place envisage la mise en place rapide de beaux projets : donner des cours de français aux jeunes, aider les paysans dans leur activité maraichère, reconstruire les villes meurtries de l’Artsakh, peut-être même financer des dispensaires mobiles pour faire le tour des hameaux de montagne… L’avenir nous dira quels sont les besoins, et nous essaierons d’y répondre avec nos moyens, sans cesse grandissants.

Avec 20€ vous permettez à une famille de 6 personnes de se nourrir pendant une semaine. Avec 35 euros, vous offrez à une famille les produits de première nécessité : des produits d’hygiène et des vêtements chaud pour lutter contre le froid mordant arménien.

Une force s’est levée et se tient au côté des habitants de l’Artsakh, pour les aider à rester debout, nobles et fiers, les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient œuvrent pour leurs frères arméniens, et ils ne les abandonneront pas. Du haut de mes 22 ans, je suis fier d’être des leurs.

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Corentin, chef de mission en Arménie.