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Une nuit de maraude au Caire avec les volontaires.

News - 30/10/2020

Au Caire, depuis cet hiver 2020, les volontaires français et égyptiens de SOS Chrétiens d’Orient distribuent la nuit, une fois par semaine, une centaine de repas aux plus humbles et aux abandonnés de la rue. Une mission émouvante dans le silence de la nuit.

« Après le dîner samedi soir, quand la ville s’endort, il nous reste une dernière mission avant de profiter de notre week-end : les maraudes. Une virée nocturne dans certains quartiers pauvres du Caire afin de distribuer des paniers repas aux personnes dormant à même le sol, les délaissés, les pestiférés, les chiffonniers qui balayent inlassablement les rues et récupèrent les déchets sur les trottoirs ou entassés à même le sol.

Ce soir, nous avons de quoi nourrir 120 personnes. Nous partons donc à plusieurs voitures avec nos traducteurs pour nous rendre chez Madame Leïla. Avant l’épidémie, cette femme s’occupait d’une garderie mais aujourd’hui, elle prépare avec amour les 120 repas qui nourriront les pauvres du Caire. Une fois arrivés sur place, en haut d’un escalier de béton, nous sonnons chez elle. Une femme tout sourire, nous accueille. Le pas de la porte à peine passé, nous découvrons son salon jonché de sacs contenant du pain, de la soupe, des salades de légumes, du riz et un peu de viande. Petit à petit, c’est un véritable ballet de tee-shirt blancs aux cœurs rouges qui se met en place : il nous faut remplir les coffres de nos voitures respectives avec tous les plats préparés.

sos chretiens orient egypte volontaires donnent des colis alimentaires maraudesLes coffres pleins, la maraude commence. Il est déjà minuit passé, mais pas de place pour la fatigue. Chaque groupe se voit attribuer une zone prédéfinie du Caire et sillonne les rues encore très actives, à la recherche de personnes dormant par terre ou de chiffonniers. C’est d’ailleurs ceux-ci, à majorité chrétiens que j’ai rencontré le plus souvent durant ma mission en Égypte. Reconnaissables à leur tunique orange, telle celle des prisonniers, ils déambulent par groupes de trois ou quatre ramassant des déchets, balayant le sable des rues, qui sera encore présent le lendemain matin. Nous nous arrêtons à leur niveau, leur donnant des paniers repas par la fenêtre de la voiture ou sortant pour traverser les artères bruyantes de la capitale égyptienne. Dans un pays où la mendicité est interdite, nous devons nous approcher discrètement des sans-abris qui dorment, pour éviter de les effrayer. Nous déposons les paquets près d’eux afin qu’ils ne se fassent pas dérober leur repas par d’autres.

sos chretiens orient egypte volontaires donnent des colis alimentaires lors des maraudesChaque samedi, nous recroisons les mêmes personnes : cette femme avec ses deux enfants qui dorment à un carrefour à même le sol, cet homme qui dort sur un rebord en béton sous un pont ou bien cet autre qui vit au coin de la gare. Pas de toit, pas de repas, pas de famille souvent, juste l’abandon, tous les jours.

« Souvent très pudiques, ils n’esquissent qu’un sourire, supplantant largement n’importe quel remerciement. »

En tant que volontaire venant d’arriver très récemment en Egypte, la maraude est quelque chose d’à la fois déconcertant et saisissant, jusqu’au plus profond de notre âme. De fait, venant d’Occident où en majorité, nous préférons détourner le regard face à la pauvreté que d’être confronté directement à elle. Ici, la maraude nous amène, en une fraction de seconde, à une prise de conscience. Le niveau de pauvreté auquel je suis confronté en cette nuit, me fait l’effet d’un électrochoc. Nous avons tous eu à faire, durant notre vie, à la misère, mais ici, l’expression de ne rien avoir prend tout son sens. Des gens nus, mutilés, d’une maigreur effroyable, gisent par terre aux yeux de tout le monde, sans que quelque chose soit fait pour eux.

« Paradoxalement, ils n’ont rien mais leur expression quand nous leur donnons leur repas, est un don qu’ils nous font et il est magnifique. »

Ils nous donnent, qu’ils soient enfants, adultes ou personnes âgées. Car en Égypte, la pauvreté n’a pas d’âge. Nous rencontrons régulièrement des mères seules avec des enfants en bas âge, chose difficile à supporter quand nous venons d’un pays où ils sont pris en charge par l’Etat.

Cette opération d’aide d’urgence coûte au total 900€ par mois à la mission en Egypte. Chaque panier repas coûte 2,15€, auxquels s’ajoutent les frais de mise à disposition des volontaires et des traducteurs engagés dans cette action.

Soutenez les prochaines maraudes des volontaires. 

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Pierre-Marie, volontaire en Égypte.