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Donation de colis alimentaire aux chiffonniers du 15 mai pour fêter l’Assomption.

News - 28/08/2020

Lourdement éprouvées par la pauvreté, les familles du bidonville comptent sur nous pour se nourrir. Alors dès aujourd’hui, dans la mesure de vos moyens, venez leur en aide.

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Il est 6 heures du matin ce 22 août ! Nos yeux sont gonflés de fatigue, nos ventres crient famine. Notre nuit a été courte car nous avons distribué des repas lors de maraudes dans les quartiers du Caire jusqu'à 2 heures du matin.

Mais aujourd’hui pas le temps de flâner et de s’éterniser sur une tasse de café bien chaude ! Nous nous sommes levés tôt pour réaliser une donation aux familles du bidonville du 15 mai.

Si je n’y suis jamais allée, j'en ai beaucoup entendu parler ! J'ai à la fois hâte d'y arriver et j'avoue avoir un peu peur de ce que je vais y trouver. Connu pour son extrême pauvreté, ce bidonville a vécu l’enfer le 12 mars quand des tempêtes de sable venues des déserts du sud et des torrents d’eau, de boue et de déchets se sont abattus sur les 2000 cabanes faites de tôles, de bois et de briques, en emportant la moitié en à peine 20 minutes. 500 familles ont tout perdu et 35 d’entre elles en plus de la détresse matérielle ont souffert de la perte d’un proche.

Après une vaste opération d’urgence alimentaire menée par Jérôme Cochet, chef de mission en Egypte, l’intégralité des volontaires ont été contraints au confinement au Caire. Pendant plusieurs mois, les activités qui y étaient menées ont été temporairement stoppées pour prévenir la propagation du coronavirus. Après un rapide passage quinze jours plus tôt, c’est avec grande impatience que nous nous apprêtons à y remettre véritablement les pieds. Que va-t-on y trouver ? Comment la population s’est-elle remise de cette tragédie ?

SOS Chrétiens Orient Egypte bidonville donation 5Mais d’abord, nous avons rendez-vous à 7 heures à la boucherie pour récupérer 400 poulets congelés. Nous entassons les sacs à l'intérieur du minibus, et nous nous serrons les uns contre les autres, malgré la chaleur, pour faire un peu de place. Très vite, de l’eau s’écoule le long des sacs, trempant nos t-shirts et nos pantalons. A la guerre comme à la guerre !

Nous restons ainsi pendant une heure, bercés par le roulement de la voiture. Nous quittons le Caire, ses bouchons, la foule et les gens qui crient pour une route désertique et silencieuse ! La ville est loin derrière nous comme une oasis que notre esprit aurait imaginée. Devant nous à perte de vue, du sable et une étendue rocailleuse sur laquelle se réfracte les rayons arides du soleil. Au loin, un amas de briques… un mirage ?

Non ! C'est notre destination. Ces briques servent de maison à plus de 5000 personnes, femmes, enfants. Dans ce bidonville situé dans une cuvette entre une déchetterie, un cimetière et une carrière de calcaire, les familles n'ont pas de toit sur la tête pour dormir, ni de quoi se protéger du soleil qui chauffe à plus de 45°C. Il n'y aucune verdure non plus, rien que des briques, et une église en son centre.

Première étape de notre journée : l’église Chenouda III. En sortant du minibus, nous sommes tout de suite happés par la foule qui se dirige vers l'église, sans nous laisser le temps d'observer le bidonville.

Sur le parvis, des jeunes gens en uniforme forment une haie d'honneur avec leurs étendards. Je mets un moment à comprendre que cette troupe scout est là pour nous accueillir. Leurs chemises sont parfaitement blanches, et je dois avouer être surprise par tant de propreté, qui contraste avec leurs habits ordinaires. Je suis mes compagnons qui se faufilent en file indienne dans l'église pour nous trouver une place assise.

SOS Chrétiens Orient Egypte bidonville donation 4Dans cet édifice parfaitement entretenu pour la plus grande gloire de Dieu, nous y assistons à la messe de l’Assomption célébrée par le Père Athanasius, prêtre copte-orthodoxe en charge du bidonville du 15 Mai.

Quel contraste avec l’extérieur ! Ici, les fresques ornant les murs imposants jurent avec les toiles d’araignées qui se tissent au coin des plafonds des cabanes.

Mais l'église est le lieu de rendez-vous, le lieu qui aide à tenir et à supporter l'extrême pauvreté. C'est pour cela que les chiffonniers lui consacrent tant de soins.

Alors que les chants s’élèvent vers le ciel, je ne peux m’empêcher de jeter un œil aux personnes qui m’entourent.

Ici, personne ne respecte les normes Covid, qui doivent d'ailleurs leur sembler bien ridicules, et les distanciations sociales sont abolies. Autour de nous, les gens nous regardent avec curiosité et intérêt, et c'est réciproque.

J'essaie de les observer le plus discrètement possible, et je suis surprise de les voir entrer et sortir de l'église comme dans un moulin. Jérôme, notre chef de mission, m'explique : « Les messes sont longues, durent parfois jusqu'à 4 heures, il est donc de tradition de sortir en plein milieu de la célébration pour se dégourdir les jambes. » Tous ne portent d’ailleurs pas la même attention à la messe. Quand certains discutent entre eux, d’autres écoutent attentivement.

À travers la porte entrebâillée de l'église, je perçois de temps en temps des silhouettes qui passent en courant : ce sont les enfants qui s'occupent en s'amusant juste à côté de l'église. Mais lorsqu'il s'agit de chanter, tous y mettent le même cœur et les enfants ne montrent aucune hésitation sur les paroles.

Je suis tirée de mes réflexions par une certaine agitation. La messe n’est pas terminée mais pour célébrer la Dormition de la Vierge Marie, une grande tombola a été organisée. Les premiers prix sont distribués : un lit, une bonbonne de gaz…

Une petite fille se tourne vers moi pour me dire avec fierté que sa famille vient de remporter un prix. Elle m'explique qu'ils sont sept enfants.

Malgré son jeune âge, elle doit avoir 8 ans, elle s'occupe de son petit frère de deux ans. Leurs pieds sont noirs, ils n'ont pas de chaussures, mais un grand sourire barre leurs visages. Quelle leçon !

Beaucoup de monde s’est réuni en cette grande occasion, des enfants surtout. Nous rejoignons le coin des hommes, séparé de celui des femmes, pour nous recueillir.

SOS Chrétiens Orient Egypte bidonville donation 3Je n’ai pas le temps de recommencer le « Je vous salue Marie », que j’essaie déjà de réciter depuis trois minutes, que des cris résonnent dans l’église. On m'explique que les femmes crient de joie parce qu’une procession transportant une relique sainte s’avance vers le chœur. Prêté par Monseigneur Antonios, évêque copte orthodoxe de Jérusalem, un fragment de la ceinture de la Vierge Marie fait une entrée triomphale en plein milieu de ce petit bidonville perdu dans le désert.

Les scouts en uniforme bien apprêtés tiennent leurs étendards avec fierté en tête de la procession. Viennent ensuite les icônes de la Vierge, autour desquelles s'agglutine la foule, pour se signer, les embrasser, recueillir l'huile qui suinte.

Plusieurs personnes partagent le récit de récents miracles qu'elles ont vécus et qui témoignent de leur foi mais devant lesquels leurs interlocuteurs ne montrent aucune surprise. La foi est pour eux une évidence quotidienne, et leurs prières trouvent toujours une réponse.

Ainsi, l’une d’elle raconte : « Il y a quelques jours, mon touk-touk, qui me servait à ramasser les déchets, a disparu. C’était mon moyen de subsistance ! J’ai paniqué, j’avais peur. Je suis venu voir le Père Athanasius qui m’a immédiatement conseillé d'invoquer la Vierge Marie. Je me suis mise à prier sur le champ avec une grande ferveur, et le soir, en rentrant, j’ai retrouvé mon touk-touk, sans une seule égratignure, juste devant mon logement. » Emerveillés par le récit, sans douter un seul instant de la véracité de son témoignage, toute l'assemblée s'est alors mise à applaudir !

SOS Chrétiens Orient Egypte bidonville donation 2Aujourd'hui encore ils ont assisté à un miracle, que le prêtre appelle « le miracle français » : hier, les habitants du bidonville n'avaient rien pour cuisiner, aujourd’hui, un repas de fête se profile à l’horizon !

La veille alertée par la situation, l’équipe de SOS Chrétiens d'Orient a débloqué en toute hâte les fonds nécessaires pour réaliser notre donation.

Après le passage de la procession, les enfants se regroupent autour de nous, nous demandent nos noms, nos âges, rient avec nous. Même si nous ne parlons pas la même langue, les gestes sont suffisants pour communiquer et jouer avec eux. Les femmes nous remercient et nous bénissent. Les chiffonniers du 15 Mai connaissent bien les volontaires de SOS Chrétiens d'Orient qui, depuis un an et demi, leur apportent régulièrement des denrées alimentaires. Mais les nouvelles têtes et notre absence prolongée suscite un vif intérêt.

La distribution des 400 poulets commence dans un joyeux brouhaha. Les gens se bousculent, se jettent même sur nous pour en avoir un. On se sent presque étouffé mais que dire face à ces personnes qui ont peur de manquer ? On ne distingue plus grand chose si ce n'est des mains qui se pressent contre nous. En moins de dix minutes, la donation est terminée.

Une famille se compose en moyenne de 5 enfants. Ces 400 poulets vont donc permettre à plus de 2800 personnes de partager un repas de fête ce midi et ce soir.

Cette donation a coûté 1200 euros à l’association, le prix des 400 poulets et du transport.

Lourdement éprouvées par la pauvreté, les familles du bidonville comptent sur nous pour se nourrir. Alors dès aujourd’hui, dans la mesure de vos moyens, venez leur en aide.

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Lorraine, volontaire en Egypte.