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Egypte - La faim est un fléau bien pire que le coronavirus pour les chiffonniers.

FR - 15/05/2020

« Sans votre aide, mes enfants auraient dû manger un jour sur deux. Soyez toujours sur le chemin de Notre Seigneur, nous avons besoin de vous ! »

Le coût total de cette donation de colis de première nécessité s’élève à 720€. Imaginez-vous ! Avec 7,20€ vous nourrissez une famille démunie pendant une semaine.

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 Il est environ 10 heures et déjà le thermomètre indique 33 degrés. Après quelques bouchons, nous arrivons dans le quartier « populaire » pour ne pas dire pauvre de Matarya. Les routes sont défoncées, la poussière omniprésente, un gros rat court après un chat et ici le plus faible n'a guère d'espoir de s'en sortir seul.

Nous avons rendez-vous avec le Docteur Adel et Soeur Qana de la congrégation copte orthodoxe des Filles de Marie.  Je dis « nous » car je ne suis pas seul, deux employés m'accompagnent pour faire face à l'afflux de plusieurs centaines de personnes !

Avec leur aide, nous allons distribuer des colis alimentaires aux quelques 100 familles les plus pauvres du quartier et des alentours. En effet, en plus d'être démunies tout au long de l'année, du fait de leur travail dangereux et peu rémunérateur, ces familles ont presque tout perdu avec l’arrivée du Covid-19.

Les mères de familles qui gardaient des enfants ou faisaient le ménage ont été virées sans ménagement. L'une d'elle me confie : « Mon employeur m’a dit que je suis trop sale et que je suis atteinte du coronavirus depuis ma naissance. » Les pères de familles, chiffonniers ou portiers ont eux aussi été congédiés. Ils ont écopé d'une double peine : pauvres et désormais totalement sans ressources.

Ces familles ont été choisies, parmi tant d'autres, en raison de leur extrême pauvreté car souvent s'ajoutent des cancers, des handicaps de naissance ou des membres amputés. La misère est omniprésente exceptée dans leurs cœurs pleins de foi chrétienne et de courage.

sos chretiens orient egypte matarya donation colis alimentaire volontaireCe matin, dans cette chaleur étouffante d’un été en avance, nous sommes déjà attendu par une dizaine de mères de familles, veuves pour la plupart... nous les reconnaissons à leur fichu et à leur longue robe noire. De loin, certains yeux occidentaux pourraient les confondre avec des femmes en hijab mais elles sont chrétiennes. Leurs tatouages du Christ, de la sainte Vierge, de saint Bishoy, de saint Georges ou encore de saint Mina sont là pour encrer leur foi dans leurs peaux.

Nous leur expliquons alors non sans peine la marche à suivre : une personne à la fois, une distanciation d'un mètre, nous allons même porter des gants et des masques. Elles nous regardent incrédules et désabusées : elles ont plus peur de la faim que du Covid-19.

Nous entrons dans l'appartement modeste des sœurs des Filles de Marie. Ce lieu d’accueil est discret et permet d'entreposer les sacs et de bien séparer les bénéficiaires. Tout au long de la donation qui s'étale sur deux jours de 10h à 14h, nous sourions, nous blaguons et nous prenons soin de tous, tout en essayant de cacher notre peine lorsqu'ils nous racontent leurs opérations, leurs maladies, leurs famines et leurs destins brisés.

Les murs usés et décrépis de l'appartement où même le soleil n'ose pénétrer ne nous aide pas, pire il nous donne mal à la tête, l'air manque et la poussière est partout. Canapés, grandes armoires, bibelots et objets religieux, tous sont recouvert d’un plastique les protégeant.

Allez au travail : plus de 1000 kg de denrées alimentaires doivent être distribuées !

Au début, la donation se fait dans un calme joyeux et organisé mais très vite les familles se chahutent : certains veulent passer avant et d'autres veulent entrer par deux ou trois car ils se connaissent... nous faisons respecter l'ordre à coup de « Khalass » (Stop) ou « Stana bara » (Attendez dehors).

sos chretiens orient egypte matarya donation alimentaire volontaireChacune leur tour, les familles récupèrent ainsi un colis alimentaire composé d’un kilo de sucre, un kilo de riz, un kilo de pâtes, une boite de thé, du beurre et du bœuf.

Une veuve, un père de famille nombreuse, un enfant dont la mère est trop malade pour venir. Tous les visages de la pauvreté sont là, nombreux en Egypte. Elle frappe tout le monde et en particulier les chrétiens rejetés vivant dans les bidonvilles et dans les villages pauvres en périphérie ! Pourtant, ce qui m'a toujours marqué c'est leur fierté, leur dignité, leur force même je peux dire.

Ces gens, ces chrétiens des bidonvilles ont quelque chose de dur, extrêmement digne. Ils regardent la pauvreté en face depuis de nombreuses générations et dès leur naissance, ils vivent avec elle, fiers de leurs origines chrétiennes ancestrales. Une croix tatouée sur le poignet, un pendentif de Saint Georges autour du cou et la mention « chrétien » sur leurs cartes d'identité font leurs histoires et contribuent à les endurcir dans la foi et dans l'espérance.

D'ailleurs peu disent merci, non ils préfèrent nous dire « Dieu vous bénisse » ou un « Je prie pour vous cette semaine ». Le mot merci n'existe pas, ils savent très bien que la charité des Hommes, nous petits Français visiteurs des bidonvilles, vient uniquement de Dieu.

sos chretiens orient egypte docteur adel ghali et jerome cochetLe Docteur Adel, compagnon de route de Sœur Emmanuelle pendant 17 ans, me traduit alors leurs demandes particulières et leurs histoires personnelles : l'une a perdu son fils malade récemment, l'autre va subir une opération à cause d'un cancer du sein, cette famille n'a plus de ressources, le fils a le choléra...

Beaucoup ne savent pas lire, n’ont pas de travail à part celui de ramasser les déchets ou nettoyer des appartements ou des entrées d'immeubles, ils sont pour la plupart malades, les femmes sont veuves à 35-40 ans avec plusieurs enfants à charge parfois même handicapés. Autant d'histoires qui nous arrachent nos sourires et nous forcent à l'espérance et à la prière pour nos chers frères et sœurs coptes.

Ainsi, la pauvreté était une malédiction inter-génationnelle, sourde et aveugle, empirée désormais par le Covid-19. Je m'arrête de penser. Il faut enchainer la distribution et ne pas laisser les émotions ralentir la donation car une cohue risque de survenir si nous prenons trop de temps.

En deux fois 5h, tous les sacs ont été distribués ! Nous pouvons nous dire que grâce aux dons et à la générosité des amis de SOS Chrétiens d'Orient, 100 familles, environ 500 âmes auront à manger toute cette semaine. Une goutte d'eau dans l'océan mais si cette goutte d'eau était absente, elle manquerait.

Je me pose sur mon canapé, je bois un verre d'eau fraîche, la chaleur n'est pas retombée. Je repense à ces deux jours de donation et je me dis une chose : ces gens n'ont peur de rien et ils ont une foi à toute épreuve, quelle leçon ! Voilà pourquoi les chrétiens d'Egypte sont aussi forts et soudés, ils ont de la foi et de l'espérance pour deux, pour eux et pour moi.

Jérôme Cochet, chef de mission en Egypte.


Le coût total de cette donation de colis de première nécessité s’élève à 720€. Imaginez-vous ! Avec 7,20€ vous nourrissez une famille démunie pendant une semaine. Avec le prix d’un menu à la boulangerie, vous aidez des femmes, des enfants, des pères au chômage pendant 7 jours !

Jérôme espère reproduire régulièrement ces donations aux plus pauvres. Pour cela, il compte sur vous ! Par un don régulier, vous lui permettez d’envisager la poursuite de ce projet sans attendre l’arrivée des dons. Même un petit don, quelques euros, suffit à rendre cette action pérenne. Alors n’attendez ! Faites un don mensuel !