Mission Noël en Syrie

Grâce à votre mobilisation, nous avons pu apporter plus de 4 tonnes de jouets lors de notre mission de Noël auprès des chrétiens de Syrie.

Le film de notre mission Noël en Syrie

Compte-rendu de notre mission Noël en Syrie


Premier billet

Nous avons passé la frontière entre le Liban et la Syrie avec enthousiasme teinté de quelques inquiétudes tant la présence d’un groupe de 14 Français désireux d’accéder au territoire syrien dénotait dans le paysage tourmenté des barrages militaires. Le sourire des gardes en disait long sur leur impression du projet -pour le moins aventureux.

Nous sommes chaleureusement accueillis par Hala, notre guide énergique et charmante, qui va nous ouvrir les portes des orphelinats, des hôpitaux, des patriarcats. En ce jour-même, les rebelles viennent de faire sauter 40 tonnes d’explosifs dans un hôpital ultra moderne à Alep pour les victimes du cancer. Le wahhabisme, allié des forces soutenues par la France dans la région, n’a décidément pas beaucoup de respect pour la vie humaine et son soin.

Comment croire encore que notre modeste action puisse avoir quelque portée alors que la barbarie règne en de telles proportions? De ces 90 morts nous ne saurons jamais rien, sinon qu’ils sont la preuve que nous nous devions bien d’agir concrètement pour apporter un signe de notre fraternité avec le peuple syrien.

Nous avons aussi rencontré les représentants des Eglises catholique melkite et grecque orthodoxe. Partout de minces fiches annoncent les morts des paroisses, une femme brandit la photo de son enfant mort à Alep. Partout les descriptions de carnages, les récits de djihadistes qui violent et tuent par obscurantisme. Nous rencontrons Monseigneur Elias dans son bureau qui nous apprend que sa communauté grecque melkite a perdu plus de 300 membres dans la guerre civile. L’horreur mais aussi l’espérance d’une prière qui va toujours vers l’unité du pays. Cette espérance que nous avons tenté de transmettre en donnant aux enfants de deux rites le réconfort des nombreux jouets emportés avec nous.

Laissez-nous vous décrire au jour le jour certaines de nos rencontres afin de mieux comprendre l’impression qui se dégage de notre expédition syrienne. La première c’est celle de l’internat des enfants de martyrs, c’est à dire des enfants de soldats morts pendant la guerre civile. Là, des jeunes gens obtiennent éducation et soutien. Nous partageons un match de volley, des sourires, un moment simple et particulièrement marquant pour nous qui découvrons leur expérience charnelle de la guerre.
Au moment de terminer ce premier billet, nous sortons d’hôpital pour enfants de Damas, ses sept étages réagissent bruyamment à notre distribution de peluches et de jouets.

L’espace d’un instant nous comprenons peut être l’un de sens de notre projet, celui du témoignage tout simple de sentiments partagés et d’une humanité profonde qui finit par effacer les blessures politiques.
Merci à vous d’avoir rendu ces sourires et ce soutien possibles, si nous avons le bonheur d’en vivre les instants précieux, les Syriens vous sont reconnaissants de toutes ces belles distributions, la générosité et la solidarité avec le peuple syrien ne doivent pas cesser, ce peuple le mérite amplement.

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Deuxième billet

Nous sortons de l’université de Damas. Les cours n’ont jamais été interrompus malgré les trois années de guerre civile. Tout un étage est consacré à l’enseignement du français, une langue qui est régulièrement apprise par les lycéens de Syrie et a longtemps représenté un idéal de vie. C’est ce que nous confie un étudiant : jusqu’aux récentes interventions de François Hollande et Laurent Fabius, la France était un modèle pour nombre d’étudiants.

La responsable du département français nous dit qu’elle voit ses élèves comme des héros puisque du fait des nombreux de barrages sécurisés la circulation est lente pour les étudiants damascènes. Notre présence est appréciée car elle incarne, un peu, la réalité de l’opposition à la politique étrangère de la France concernant le conflit Syrien. Sans parler des échanges facilités par la camaraderie estudiantine plutôt universelle.

Nous embarquons ensuite les couvertures destinées aux Lazaristes. En ce 23 décembre cette distribution ne peut être que marquante tant l’attention aux pauvres au milieu du conflit est pleine de sens. En chargeant les camions nous réalisons combien les quatre tonnes arrivées depuis la France sont autant de bonheurs apportés à une population qui ne cesse de pleurer les morts issus des attaques au mortier et des assauts.

Sur notre route, la tension monte parmi les gardes au moment ou une bombe explose à quelques encablures de notre voiture. A cette agitation vient répondre le salut du père Paul des Lazaristes dont la bonne humeur émerveille le repas. Avec son supérieur il s’occupe des handicapés de Damas et a permis en quarante années d’actions plus de 100 000 opérations.

Nous déposons nos couvertures et reprenons la course dans Damas, tantôt folle, tantôt embouteillée dans une circulation des plus chaotiques. Le charme cependant ne cesse d’opérer et déjà notre chauffeur s’amuse de nos rictus, de nos rires : l’humanité, certainement, ne peut laisser aux malheurs le soin de rendre la vie malheureuse. Le père Paul nous a remis un texte marquant sur l’âme de l’Europe, nous pouvons y lire : ” C’est en mettant leurs convictions en oeuvre, dans l’exercice concret de leurs responsabilités, que les Eglises et leurs membres croyants permettront à l’Europe de trouver son âme et de vivre selon cette âme. Car c’est alors seulement, et de cette manière seulement, qu’ils pourront manifester que cette âme existe bien et qu’il est effectivement possible de la faire vivre.”

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Troisième billet

Les bénévoles de Noël en Syrie vous souhaitent Joyeux Noël!

Le 24 décembre certains volontaires ont assisté à la liturgie de Noël à Saint-Jean-Damascène. Un chantre nous informe qu’il y a bien moins de fidèles qu’auparavant pour des raisons de sécurité alors même qu’elle était avancée à 18h et écourtée pour ces mêmes raisons. La célébration fût néanmoins très calme et particulièrement touchante.

Nous sortons d’une cérémonie pour la paix dans la cathédrale grecque orthodoxe de Damas. Là, nous avons pu voir toutes les communautés religieuses prier ensemble pour la paix en Syrie. Le grand mufti de Damas a exhorté avec énergie les croyants à comprendre que le message de Noël était celui d’un amour qui devait prévaloir sur Terre et a eu des mots très durs contre les djihadistes qui génèrent les troubles en Syrie. Le patriarche grec orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient a remercié le pape François de prier pour la paix en Syrie et s’en est lui aussi pris aux rebelles de manière virulente.

Bertrand, un des volontaires de Noël en Syrie, affirme : “ce qui m’a marqué aujourd’hui, c’est la rencontre de toutes les communautés religieuses assemblées pour adresser un message de paix, une véritable osmose dans le dialogue religieux. Ce qui m’a plu, c’est d’avoir une célébration œcuménique avec la présence télévisée du Saint Père pour sa bénédiction urbi et orbi. Par ailleurs, l’effort du nonce apostolique qui a prononcé quelques mots en français à notre intention ne pouvait être qu’un geste marquant.”

Nicolas et Jules insistent eux aussi sur la beauté du message de ce matin malgré les dissensions de la guerre. Notre rencontre avec le ministre du Tourisme nous a bien fait comprendre que 7000 ans de civilisation permettaient d’établir un creuset dont on a peine à imaginer la profondeur en France. Cette intercompréhension pour assurer l’évolution du pays est sans doute le sel de ce message pacifique. Nous ne pouvons qu’être enrichis par la fréquentation de ce modèle de société.
Olivier insiste sur la richesse culinaire syrienne qui nous fait apprécier chaque jour davantage cette belle culture. Il faut dire que les Syriens sont particulièrement touchés par notre présence et qu’à chacune de nos rencontres nous sommes admirablement reçus.

Nous vous souhaitons à tous un joyeux et saint Noël et faisons le vœu que chacun garde en son cœur que nous pouvons agir, modestement mais concrètement, pour le sort des Syriens qui souffrent chaque jour des malheurs de la guerre civile.

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Quatrième billet

Notre journée du 26 décembre

Nous sortons d’un Pater simple et profond avec les sœurs franciscaines de Marie auxquelles nous venons de rendre visite. Si nous avons bien pu déposer vêtements, jouets et couvertures qu’elles distribueront aux réfugiés de Jdüdé Artouz dont s’occupe le Père Chéhdé, nous n’aurons certainement pas pu donner autant que nous avons reçu. L’âge avancé de certaines sœurs ne fait que rendre leur énergie plus frappante et leurs sourires plus rayonnants à tel point que nous avons quelque tristesse à quitter ce couvent de paix au cœur de la Syrie toujours en proie à la guerre civile.

Ces sœurs viennent d’horizons divers : Françaises, Syriennes, Libanaises ou Mexicaines, elles sont unanimes pour affirmer que les djihadistes mettent en péril la vie fraternelle qui existait entre les diverses religions dans ce pays héritier de 7.000 ans d’histoire. Les anecdotes fourmillent pour raconter comment un artisan musulman a réparé pour une somme modique le lave-linge du foyer, comment les sœurs accueillent dans leur foyer des étudiantes de multiples confessions ou s’occupent de réfugiés soudanais à Damas. Dans ces témoignages réside sans doute l’un des enseignements les plus marquants de notre voyage : en important un conflit religieux dans un pays ou les religions vivaient en paix, des puissances étrangères ont mis en péril l’un des exemples les plus aboutis de cohabitation au Proche-Orient.

Cette sagesse syrienne avait déjà été palpable ce matin lors de notre rencontre avec le Grand mufti de Syrie, le docteur Ahmad Badreddin Hassoun. Il a prononcé des paroles emplies de paix et d’ouverture, ce qui n’a pas manqué de surprendre nombre d’entre nous. Liberté individuelle, progrès de la foi par la conversion véritable contre les facilités de la convenance et du prestige, primauté de la vie humaine sur les organisations : son discours tranchait passablement avec les appels à la haine de certains extrémistes qui ont été jusqu’à assassiner son fils pour exprimer leur opposition à la voie proposée par le Grand mufti. Au président du Parlement européen qui lui demandait de quitter la Syrie pour se rallier aux positions occidentales, celui ci de répondre qu’il faut rester au milieu des souffrances humaines pour ne pas être pris dans les méandres des intérêts politiques. Une parole de foi vraie et édifiante qui nous a particulièrement impressionnés.

Avouons que cette journée ne fut pas non plus sans légèreté puisque les volontaires de Noël en Syrie étaient invités à une grande cérémonie de Noël et de présentation des richesses culturelles du pays à l’Opéra de Damas. Tous les bénévoles ont reçu de vraies marques de gratitudes entre les spectacles de dervish tourneurs, les chants de la chorale du Père Elias Zahlaoui et les vidéos de présentation de Maaloula et des richesses patrimoniales de ce beau pays. Cette journée fût donc tout à fait marquante pour les volontaires de Noël en Syrie et confirme que, si nous voulions apporter un signe en cette terre meurtrie, ses habitants nous offrent profusion d’occasions d’inspiration et de conversion.

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Cinquième billet

Nous avons quitté Damas ce matin après un séjour dont nous espérons avoir pu vous transmettre la richesse et l’importance à travers nos images et nos récits. Nous voulons vous entretenir des derniers moments partagés entre les dix-neuf volontaires partis auprès du peuple Syrien pour fêter Noël malgré la guerre et les préventions.

La visite de l’hôpital Saint Louis fût l’occasion pour les volontaires de se répartir entre diverses équipes : service des repas, urgences, soins intensifs, etc. Les huit sœurs présentes dans l’hôpital viennent du Liban, de Syrie ou de France mais elles dégagent une chaleureuse vocation de service de l’autre qui ne peut que panser les plaies physiques et morales accablant leurs patients. Le doyen de notre groupe, docteur, échange avec ses confrères pendant que d’autres tentent, parfois maladroitement, d’imiter les gestes des employés de l’hôpital.

François-Régis, qui était chargé de donner une poupée symbolique à une jeune Syrienne, se réjouit plus loin du sourire d’une petite Dona Maria qui arbore un visage radieux en brandissant ce beau symbole accompagné d’un drapeau français. “Un sourire c’est souvent l’essentiel” nous disait Saint-Exupéry et le groupe se ragaillardit pour finir autour d’un déjeuner amical ou nous pouvons encore apprécier les charmes des mets et les merveilles d’humanité de nos hôtes.

Le soir sera consacré à un dernier dîner avec un groupe de jeunes russes qui passaient eux aussi Noël en Syrie afin d’apporter un soutien aux enfants martyrisés. Par ces temps difficiles, la France et la Russie se retrouvent à la même table en Syrie, bientôt lointaine, mais qui retrouvera bientôt les volontaires qui ne veulent pas que s’éteigne la longue amitié qui unît Paris et Damas.

Alors que nous regrettons déjà la chaleur damascène, nous saluons nos chauffeurs et ceux qui eurent la bonté de nous accueillir. La frontière est passée et nos efforts, par les forces du souvenir et de la conviction, n’en seront que plus raffermis afin de faire honneur à la leçon de vie et de courage qui nous a été faite dans ce pays en guerre mais aussi en reconstruction.

©2014-2015 SOS Chrétiens d'Orient par DFCOM ...

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